parution 04 septembre 2019  éditeur Fluide Glacial  Public ado / adulte  Thème Humour, Chronique sociale

Faut pas prendre les cons pour des gens

Notre société marche sur la tête. Reuzé et Rouhaud s’en amusent en amplifiant des situations ordinaires jusqu’à l’absurde. Un recueil de gags cyniques et non-sensiques, dans la lignée de Desproges et des Monty Python.


Faut pas prendre les cons pour des gens, bd chez Fluide Glacial de Reuzé, Messina
  • Notre note Yellow Star Yellow Star Yellow Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • Scénario Yellow Star Yellow Star Yellow Star Yellow Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • dessin Yellow Star Grey Star Grey Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

©Fluide Glacial édition 2019

L'histoire :

Une cliente dans une libraire s’étonne auprès du libraire que l’exemplaire des Misérables qu’elle vient d’acheter ne comporte qu’un mot sur trente, environ. Le libraire explique c’est normal : une association contre la maltraitance des enfnats a demandé à ce que les passages relatifs à Cosette soient supprimés. Mais aussi, un syndicat de policiers a demandé qu’on évince le personnage de Javert, son suicide stigmatisant leur profession. Mais encore, les féministes ont trouvé sexiste que Fantine soit prostituée, que la Thénardier soit une criminelle… Et ainsi de suite, les catholiques, les musulmans, les alcooliques anonymes, les végans, les témoins de Jéhovah ont tous eu leurs récriminations à l’encontre de passages ou de mots de l’œuvre, qui ont donc été censurés. De fait, il ne reste plus grand-chose. Mais qu’a donc voulu montrer Victor Hugo, lorsqu’il écrit « Où… car… mais… déjà… » ?
Dans un supermarché, des clients s’exaspèrent du temps d’attente aux caisses automatiques. Forcément, les clients doivent eux-mêmes s’encaisser, et ils ne sont pas habitués. Un autre client précise que lui, a dû passer deux heures auparavant pour mettre les produits en rayons. Un autre ajoute que, lui, a dû remplacer le directeur pendant une demi-journée. Soudain, une cliente ouvre une nouvelle caisse et elle s’avère très efficace. Forcément, avant d’être au chômage, elle était caissière ici-même…

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

Notre monde moderne frise de plus en plus souvent l’absurdité. Déjà, en 1985, Terry Gilliam s’était emparé de cette problématique dans son film Brazil, et George Orwell avait senti le truc venir dans son roman d’anticipation 1984. Avec Faut pas prendre les cons pour des gens, Emmanuel Reuzé et Nicolas Rouhaud se placent dans cette même veine : la dénonciation par l’absurde et le cynisme, de situations ordinaires poussées à l’extrême, d’une société qui marche sur la tête. Selon Reuzé, l’absurde permet de faire la démonstration de la bêtise du réel, de sa violence parfois. Dans ce recueil de « gags », c’est par exemple le cas burlesque du kamikase islamiste qui se suicide, faute d’emploi… Ou le mec qui place des pubs dans ses conversations de famille, pour arrondir ses fins de mois. De fait, les auteurs rebondissent essentiellement sur des faits d’actualité croisés au fil des derniers mois : le suicide au travail, la maltraitance des migrants, le sexisme ordinaire, l’ubérisation rampante de nos repères commerciaux… A chaque sujet, ils parviennent superbement à cerner le bon angle d’attaque, à se renouveler, à refaire sens à travers leur chute et le tout, sans être moralisateur. Quitte à aller au bout du non-sens, le traitement graphique se fiche aussi pas mal de la gueule du monde : pour chaque planche, Reuzé duplique sans scrupule à l’identique une ou deux cases, dessinées à partir de photos, en changeant juste les dialogues, le tout au sein d’un strict découpage en gaufrier de 6 cases – ou plus rarement, un rebond gaguesque en une case unique pleine page. L’effet zygomatique est amplifié par cette méthode, où rien ne change dans la forme et pourtant tout change dans le fond…