parution 22 août 2018  éditeur Kennes éditions  Public ado / adulte  Thème Roman graphique, Autour du 9ème art

Les Jours incandescents

Une dizaine de nouvelles au ton étrange et fascinant font de cet album un OVNI textuel et graphique. Une poésie griffée se dégage de l'association textes-images d'une grande beauté, frappante et envoûtante.


Les Jours incandescents, bd chez Kennes éditions de d'Anvers, Perger
  • Notre note Yellow Star Yellow Star Yellow Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • Scénario Yellow Star Yellow Star Yellow Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • dessin Yellow Star Yellow Star Yellow Star Yellow Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

©Kennes éditions édition 2018

L'histoire :

Tremble : Dans une région écrasée de soleil, un jeune homme pédale jusqu'à une bicoque dans les bois. Son amoureuse l'attend. Ensemble, ils sortent pour mettre, masqués, le feu qui se propagera à tout le village, pour punir Bellocanto, le violeur de la jeune femme.
Mon ange : Aux USA, « Le Kid », boxeur précoce et prometteur, n'aura pas de place à sa mesure. Il pourrait gagner, mais il y a un mais… Alors, sa Mustang avale les miles.
Les chiens : Un homme seul dans une baraque isolée s'angoisse en guettant et en entendant des chiens qui l'encerclent. Il observe et s'obsède, jusqu'à apercevoir la meute.
Monologue désespéré dans Paris, nuit, pluie pour Histoire de Johnny S. Mal éduqué, mal grandi, mauvais époux, il aurait souhaité une vie plus chanceuse ou plus « normale », plus d'amour. Que va-t-il faire ?
Radio 1 illustre en format Cinemascope la cavale d'un jeune couple dans un coin paumé des USA, craignant d'être reconnu à tout moment, comme au snack-bar, par ce policier. La femme s'éclipse un moment, l'homme en profite pour abattre le policier. Course folle jusqu'à un motel, nuit d'amour enfiévrée. La femme se réveille : tout est fini, l'homme a été arrêté. Fera-t-on le lien avec elle ?
A un bar désert, deux mecs tuent leurs profondes solitudes en trinquant et en faisant connaissance. Et, sympathisant, ils font la tournée des bars, noyant leurs chimères. Le narrateur de Cicatrices (texte illustré lui aussi) a une sensation de bien-être auprès de « Daniel », qui lui révèle réparer les « cicatrices » (morales) des gens. Est-ce imaginé comme du vécu, ou réel comme une rêverie ?
Surexposé fait voir les impressions d'un jeune homme lors d'une soirée en boîte. Il croise une belle brune, ils s’échangent des verres et des mots, se séparent. Entre vapeurs d'alcool et hallucinations, il se perd et se reprend, recroise la fille. Lui ne cherche rien, mais tous deux s'attirent irrésistiblement, pour le meilleur et aussi le pire ?
Un personnage par page illustrée pour Les anges déchus : Henry, Mélissa, Simon, Eva, Louis, Tom, Dariusz, dans leurs destinées moyennes : souvent moches, uniques, et peut-être belles.
Une nuit d'été à Paris, un bar bondé où l'alcool coule à flots campe le décor de Les amours clandestines. Joachim remarque une belle brune. Ils échangent des verres, discutent. Attirance évidente. Ils sortent dans le Paris nocturne et font des rencontres de hasard. Elle veut rester avec lui, il ne veut pas s'engager : il préfère « voler des heures à la vie ».
Les âmes solitaires illustre en clôture un texte de voyage.

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

Cet album semble venir de nulle part. Autant son contenu, audacieux, que sa forme (plusieurs nouvelles mises en BD ou illustrées) le détachent de la production habituelle, même de ce dessinateur au style proche de Pompetti. C'est que son scénariste, Joseph d’Anvers, fait bien d'autres choses : textes, musiques, chansons. Il y injecte son univers, son ton désabusé, poétique et si humain. On sent une patte très personnelle, il écrit terriblement bien. Il fallait un dessin d'abord réaliste, mais surtout décalé, déformé, pour faire surgir le trouble, la malaise de ses personnages, le danger de l'inévitable. Stéphane Perger réussit à installer des atmosphères qui impressionnent le lecteur, le transportent très loin, lui faisant percevoir des mondes inconnus. C'est que le dessin, pour coller au texte et à son étrangeté, se sert de multiples styles et techniques : art graphique contemporain, couleurs directes de la peinture, aquarelle, etc. Si l'on veut trouver une petite limite à ce projet, ou plutôt au résultat final, c'est dans l'exercice de style. 10 nouvelles, chacune d'un graphisme à part, cela pourrait lasser ou passer pour artificiel selon certains, un plaisir de dessinateur montrant toute sa palette. Perger brise certaines conventions de la BD pour respecter les textes fiévreux et habités de d'Anvers : cases éclatées, réunies ou imbriquées, à la frontière mouvante ou « disparaissante », point de vue subjectif, neutre ou lointain, toujours relié à l'intime. Illustration de textes ou « narration figurative à rythme séquentiel » (la définition officielle de la BD), on ne saurait le dire pour certaines histoires. La mise en images, inventive et constamment étonnante, fait tomber les murs de ces catégories. Oui, c'est beau à tomber.

voir la fiche officielle ISBN 9782875804723