interview Comics

Tradd Moore

©Panini Comics édition 2014

Tradd Moore avait à peine fini ses études quand il a sorti sa première bande dessinée en collaboration avec Justin Jordan : Luther Strode. Avec un graphisme atypique et une énergie assez incroyable transpirant de chacune de ses planches, le dessinateur a vite attiré les sirènes de Marvel qui lui a confié la tâche de reconstruire un de ses personnages fétiches : le Ghost Rider. Là encore, le résultat est incroyable et le style de Tradd Moore, une sorte de mélange entre les comics et les mangas, fait une fois encore mouche. Après nous être pris plusieurs grosses baffes d'affilée, nous sommes entrés en contact avec un artiste hyper abordable et qui, malgré un planning de malade, a trouvé le temps de nous offrir des réponses généreuses et remplies de détails. Sympathique, talentueux, généreux et travailleur, il ne fait aucun doute que Tradd Moore figure comme l'une des grosses révélations de la scène américaine. Vous ne pourrez pas dire que l'on ne vous a pas prévenus...

Réalisée en lien avec les albums Ghost Rider T1, Luther Strode T1
Lieu de l'interview : Le cyber espace

interview menée
par
23 octobre 2014

Tradd Moore Luther Strode Bonjour Tradd Moore, peux-tu te présenter et nous dire comment tu as commencé à travailler dans les comics ?
Tradd Moore : Salut tout le monde ! Je suis Tradd Moore, illustrateur de Luther Strode et de All New Ghost Rider. Je suis diplômé de l'université en arts et design de Savannah et je vis à Atlanta, en Georgie. J'ai démarré dans les comics aussitôt après avoir décroché mon diplôme universitaire, en 2012. Justin Jordan (scénariste et co-créateur de Luther Strode), Felipe Sobreiro (coloriste de Luther Strode) et moi-même avons travaillé ensemble au pitch de Luther Strode alors que j'étudiais à la fac et nous l'avons soumis aussitôt l'obtention de mon diplôme. Ce pitch a été optionné par Image Comics, plus tard dans l'année. Nous avons réalisé le premier numéro - L'étrange Talent de Luther Strode - qui est sorti aux Etats-Unis en octobre 2011 et, depuis, je n'ai pas cessé de travailler dans le monde des comics.

Comment décrirais-tu le style Tradd Moore ?
Tradd Moore : Je dirais que mon style ressemble à ce que produiraient John Romita Jr, Akira Toriyama et Geof Darrow s'ils se faisaient une orgie arrosée de coke en plein milieu d'un volcan tandis qu'ils regarderaient des animés, joueraient à des jeux vidéos, écouteraient du métal et surferaient sur le web, le tout à quatre heures du matin. Mon but est de créer des œuvres pouvant exprimer un grand spectre d'émotions, de scènes et de décors. Je veux être capable d'illustrer tous les types d'histoires. Je ne pense pas qu'il y ait une quelconque limite à l'art, seulement des petits obstacles occasionnels tout à fait franchissables. Je m'efforce de restituer des moments très intenses, très énergiques sans toutefois perdre de vue la clarté de la narration ou négliger la subtilité dans l'expressivité et la gestuelle des personnages.

Tradd Moore Luther Strode Peux-tu nous expliquer comment tu crée une planche ? Passes-tu d'abord par un découpage précis, par exemple ?
Tradd Moore : Je commence par faire des esquisses miniatures au crayon ou au bic. Elles sont vraiment petites, généralement 5x15cm. C'est lors de cette étape des miniatures que je prends toutes les décisions importantes : découpage de la planche, emplacements, mouvements des personnages, tout ça. C'est vraiment fait à la va-vite et ça paraît parfois indéchiffrable mais ça prend tout son sens quand on sait ce qu'on doit y chercher. A partir de là, je passe à la planche grandeur nature. Je travaille le plus souvent sur du bristol lisse Strathmore en 11x17 (pouces) mais, parfois, j'en utilise du plus petit. Je fais le découpage en cases de la planche de manière très générale et très subtile avec un porte-mine à mine de 0.5mm. Je trace ensuite des grilles de perspective, si nécessaire, et je m'assure que les expressions faciales et les poses des personnages me conviennent. Comme je l'ai mentionné auparavant, tout est effectué de manière très brouillonne, à ce moment là, donc je n'ajoute pas trop de détails mais je m'assure que l'ensemble des blocs, formes et personnages soient à la bonne place. Il faut que l'ensemble constitue une base solide et lisible mais, en même temps, si mon tracé est trop définitif à ce stade-là, je risque de perdre tout le plaisir que j'aurai à encrer la planche et ce serait d'un ennui... Je DÉTESTE redessiner les choses donc, pour sauvegarder l'intérêt de la chose, je fais en sorte que rien n'ait l'air d'être définitif ou complet jusqu'à l'encrage. Puis vient l'encrage ! J'encre principalement au pinceau, le plus souvent avec un Winsor ou un Newton série 7 de taille 2 mais parfois avec un Raphael 8404 ou 8408. J'emploie aussi des stylo billes et une règle ou un perroquet pour les architectures et éléments mécaniques. Bien que l'encrage soit l'étape qui me demande le plus de temps, c'est aussi celle où j'ai le moins besoin de réfléchir à ce que je fais et j'écoute souvent de la musique ou des livres audio pendant ce temps. Ensuite, je scanne le tout, j'effectue un nettoyage digital, je formate et je l'envoie à un coloriste de confiance pour que ce soit complété et prêt à être imprimé. Ou bien je colorise moi-même ou bien encore je le laisse en noir et blanc.

Tradd Moore Luther Strode Quelles sont tes influences ?
Tradd Moore : Frank Quitely, Akira Toriyama, Paul Pope, Tetsuya Nomura, John Romita Jr., Yoji Shinkawa, Geof Darrow, la famille Kubert [NDR : Joe, Andy et Adam], Sean Murphy, Ryan Ottley, et James Harren me viennent tous immédiatement à l'esprit. Tous ont eu une grande influence sur mon travail ainsi que sur ma direction artistique, à différents moments de ma vie et encore aujourd'hui.

En France, on t'a découvert avec Luther Strode. Avais-tu fait autre chose, avant ça ?
Tradd Moore : Luther Strode était vraiment mon premier comics professionnel, donc vous n'avez rien manqué !

Peux-tu présenter Luther Strode aux lecteurs qui ne connaîtraient pas la série ?
Tradd Moore : Le synopsis que je communique aux petits nouveaux est généralement le suivant : "Un lycéen qui a grandi dans des conditions difficiles mais qui a un grand cœur commande un magazine de bodybuilding façon Charles Atlas afin de devenir fort et de pouvoir se défendre contre les brutes qui le persécutent. Étrangement, les instructions du livret fonctionnent incroyablement bien et lui confèrent des super-pouvoirs. Toutefois, à l'insu de Luther, il se trouve que le livret et sa méthode ont été créés et lui ont été envoyés par une antique confrérie d'assassins cherchant à recruter de nouveaux membres...". A la base du concept que Justin et moi-même souhaitions explorer, on a l'idée suivante: "Et si Peter Parker, en cherchant à devenir Spider-Man, devenait un vilain de slasher-movie comme Michael Myers ou Jason Vorhees ? Quelle est la différence entre le héros d'un comics et un tueur maniaque de film d'horreur ? Aux yeux des victimes, ils se ressemblent énormément."

Comment as-tu rencontré Justin Jordan, avec qui tu travailles sur Luther Strode ?
Tradd Moore : Justin est tombé sur mes dessins sur le site DeviantArt alors qu'il était à la recherche de fan-art de 100 Bullets. Quand il les a vus, il a dit qu'ils avaient le style unique et l'énergie qu'il cherchait. Il m'a alors envoyé un email pour se présenter et me montrer ce que lui-même faisait. Il m'a ensuite pitché Luther Strode et j'ai décidé de m'embarquer dans ce projet. Dès lors, on a travaillé ensemble pour créer Luther Strode et nous sommes même devenus bons amis !

Tradd Moore Luther Strode Dès le premier album, tu as fait preuve d'un style personnel et original. Penses-tu pouvoir te surpasser sur le prochain album ?
Tradd Moore : Merci ! De mon point de vue, je me suis toujours efforcé d'aller de l'avant. Tant que je m'y astreins et tant que je travaille dur en expérimentant de nouvelles choses, je suis satisfait de mon travail. C'est comme ça que le style et le talent se développent; tu fais de ton mieux au moment où tu le fais puis tu passes à autre chose. Passer son temps à regarder en arrière et s'acharner à reproduire ou à surpasser ce qui a déjà été fait par soi-même ou par d'autres artistes peut entraîner une paralysie. En revanche, si on remet constamment en question ce dont on se sait capable, dans ce cas oui, je pense qu'il alors est facile de s'améliorer. Grandir et changer, c'est naturel, il faut avoir la volonté d'investir de son temps pour cultiver cette évolution. Chaque nouvelle planche est une nouvelle expérience et possède son propre lot de difficultés et d'opportunités narratives. Il faut accueillir cette expérience à bras ouverts et faire de son mieux afin de s'exprimer soi-même ainsi que l'histoire avant de passer à la planche suivante. Je trouve positif le fait de revenir en arrière et d'analyser mes travaux précédents en sachant ce qui a marché et ce qui n'a pas marché mais je ne passe pas trop de temps dessus. Il faut savoir rechercher, analyser et interpréter ce que l'on a fait auparavant mais, encore une fois, il faut toujours aller de l'avant. Apprendre du passé et bâtir dessus.

Tradd Moore Luther Strode Qu'est-ce qui t'est le plus difficile à dessiner dans Luther Strode et en général ?
Tradd Moore : Il n'y a rien dans Luther Strode que je trouve particulièrement difficile à illustrer mais, comme c'est le cas avec toute forme d'art, la difficulté provient de la quantité de temps et de volonté qui doit être investie. On ne devient pas un meilleur dessinateur par hasard ; cela nécessite du temps et du dévouement. Il faut faire des recherches, s'entraîner et dessiner encore et encore. Il faut sacrifier certaines choses dans sa vie pour pouvoir consacrer du temps à son art, il faut seulement s'assurer de ne pas trop sacrifier ! Les relations, la santé et le bonheur doivent prendre le pas sur l'art et les deadlines même si, selon moi, démêler ces concepts les uns des autres et faire la distinction peut être difficile. Donc oui, trouver l'équilibre. C'est ça, la difficulté.

Discutes-tu du script de Luther Strode avec Justin ?
Tradd Moore : Le plus on travaille ensemble, le plus on échange autour de ce que l'on a en tête sur l'histoire de Luther Strode. Concernant le premier volume, L’Étrange Talent de Luther Strode, j'étais assez peu impliqué dans l'histoire. Je l'ai mise en images, conçu les visuels des personnages et établi l'univers mais l'intrigue revenait entièrement à Justin. Avec La Légende de Luther Strode, Justin et moi-même avons discuté d'un certain nombre de scènes et pris ensemble les décisions concernant la direction générale de la série tandis que nous nous trouvions ensemble à des conventions ou à des dédicaces. Et c'est encore plus le cas avec le troisième volume, L'Héritage de Luther Strode, sur lequel nous travaillons en ce moment.

Il y a deux volumes de Luther Strode, peut-on en espérer un troisième ?
Tradd Moore : Bien sûr ! Avec Justin, nous venons de commencer à travailler sur le troisième volume, l'Héritage de Luther Strode, et nous espérons pouvoir le sortir aux Etats-Unis vers la fin de cette année. L'ensemble sera certainement recueilli et sortira en France quelques temps après, peut-être vers la fin 2015.

Tradd Moore Cataclysm En parallèle, tu as dessiné des couvertures pour Marvel, sur Deadpool et Secret Avengers, notamment. Comment approches-tu ce type d'exercice ?
Tradd Moore : Faire ces couvertures pour Marvel a été une expérience fantastique. Honnêtement, faire des couvertures pour Marvel ne m'a pas semblé très différent de la réalisation de couvertures pour mes autres travaux, y compris pour mes œuvres indépendantes/personnelles. Il y a quelques règles tacites auxquelles on doit se conformer en termes de contenu, bien sûr; les couvertures ne doivent pas être trop violentes, sexualisées ou explicites en quelque sens que ce soit mais, étant donné la nature du contenu des titres pour lesquels j'ai dessiné des couvertures, un contenu explicite aurait été malvenu quand bien même Marvel m'aurait donné l'autorisation de le faire. J'ai commencé avec des couvertures pour Deadpool, c'était un moyen très facile pour débuter. Le personnage est étrange et drôle et dessiner ces couvertures me donnait la liberté de dessiner des choses étranges et drôles. Un éditeur venait me voir avec un bref synopsis du numéro ou une idée de ce qu'ils voulaient en couverture et je partais de là. Avec Secret Avengers, mon boulot sur les couvertures a été - et continue d'être - une magnifique expérience, épanouissante sur le plan créatif. Là encore, c'est très libre, très ouvert. Ales Kot, qui est un auteur incroyablement talentueux et aussi un de mes amis, est venu discuter avec moi de l'idée d'illustrer les couvertures de Secret Avengers et ce sur l'intégralité de son run. J'ai adoré l'idée et j'ai tout de suite dit oui. Je n'avais alors aucune idée de ce qu'allait donner cette série mais j'avais travaillé avec Ales auparavant et j'étais confiant dans le fait que j'aimerais l'orientation que Michael Walsh et lui donneraient au comics, quelle qu'elle soit. Et ça a finalement été encore plus fun que je ne l'imaginais ! J'adore les éditeurs avec lesquels nous avons travaillé (Lauren Sankovitch, Will Moss, Jon Moisan) et ça a été incroyable de pouvoir travailler chaque mois avec Matthew Wilson. C'est un de mes coloristes préférés dans toute l'industrie du comics et ça a été un honneur de pouvoir travailler avec lui.

Tradd Moore All New Ghost Rider A l'heure actuelle, tu travailles sur All New Ghost Rider. J'ai eu la chance de pouvoir lire les deux premiers numéros et je pense que c'est le meilleur Ghost Rider depuis celui de Garth Ennis et Clayton Crain ! Es-tu un fan du personnage ?
Tradd Moore : Merci encore ! J'ai toujours été un fan des comics Marvel et de leur vaste galaxie de personnages, donc oui, dans un sens, j'ai toujours aimé Ghost Rider et ce depuis mon enfance. Quand j'étais enfant, mon père avait l'habitude de nous acheter des comics des X-Men, à mon frère et à moi, dès qu'il rentrait de ses voyages d'affaires. C'est ce qui m'a branché sur les comics, donc les personnages Marvel ont toujours eu une place particulière dans mon cœur. Ghost Rider, cependant, n'a jamais été un de mes personnages favoris, mais, comme beaucoup de lecteurs, j'ai toujours été attiré par son apparence saisissante. Il n'y a qu'à le voir une seule fois et on ne l'oublie jamais. J'ai lu quelques comics de Ghost Rider, y compris les histoires de Garth Ennis et de Clayton Crain, et je les ai appréciées mais ce qui m'a vraiment intéresser dans l'idée de dessiner Ghost Rider a été l'occasion de m'emparer de son concept et d'en faire quelque chose de nouveau.

Il existe de nombreuses différences entre les récentes séries Ghost Rider et la tienne. Nouveau personnage principal, nouveau pouvoirs,... Était-ce ton choix ou bien celui de Felipe Smith ?
Tradd Moore : L'intégralité de l'histoire du All-New Ghost Rider vient directement de l'esprit brillant de Felipe Smith. (Au passage, si vous n'avez pas lu son manga intitulé Peepo Choo, qu'il écrit et illustre, je vous le recommande vivement). Mark Paniccia, l'éditeur de chez Marvel, est allé voir Felipe pour lui offrir un poste de créatif. Marvel souhaitait une nouvelle vision du Ghost Rider et voulait confier celle-ci à des créatifs pouvant apporter un point de vue unique et inédit. Nouveau personnage, nouveau véhicule, tout nouveau. Ils voulaient aussi que le comics se place dans la continuité sans être pour autant gênée par celle-ci. N'importe qui peut lire le premier numéro de All-New Ghost Rider et sauter à pieds joints dans l'histoire sans avoir de connaissance préalable dupersonnage. Notre Ghost Rider, Robbie Reyes, n'est pas le remplaçant d'un des Ghost Riders venus avant lui, il est un nouvel arrivant dans la mythologie tout comme Johnny Blaze l'a été dans les années 70 et Danny Ketch dans les années 90.

Tradd Moore Ghost Rider


Ton visuel de Ghost Rider est très particulier. J'ai lu sur différents forums que cela rappelle à beaucoup les dessins de Tite Kubo (le dessinateur de Bleach). A-t-il été une influence ?
Tradd Moore : Il est vrai que si l'histoire de All-New Ghost Rider a été entièrement écrite par Felipe, j'ai été appelé sur ce projet afin de co-concevoir le personnage ainsi que son univers avec lui. Nous avons tous deux ré-imaginé le personnage des pieds à la tête, une opportunité qui nous a emballés ! Le design est très certainement inspiré des styles de nombreux mangas et animes, mais Tite Kubo n'a pas eu une influence directe. Je ne renie certainement pas la ressemblance qui existe entre le crâne de notre Ghost Rider et les masques que l'on peut trouver dans Bleach, mais je n'ai jamais lu Bleach ou vu les animes tirés du manga, je ne peux donc pas avoir été inspiré par celui-ci. Au-delà du personnage de Ghost Rider, certains éléments qui ont influencé mon travail de design ont été : Daft Punk, Speed Racer, les films de Tokatsu et les séries télé (Power Rangers, Ultraman, etc.), Redline de Takeshi Koike, et Fullmetal Alchemist d'Hiromu Arakawa.

Tradd Moore All New Ghost rider Marvel Now J'ai aussi lu sur le web que tu quittais All-New Ghost Rider afin de continuer Luther Strode. Est-ce que c'est vrai ? Reviendras-tu sur Ghost Rider un jour ou bien sur une autre série Marvel ?
Tradd Moore : Oui, c'est vrai et oui, cela a été mon intention dès le départ de retourner sur Luther Strode sitôt le premier arc du All-New Ghost Rider terminé. ça s'est fait ouvertement, en toute franchise, dès le départ; dès les premières étapes de l'accord pour travailler sur Ghost Rider, j'ai dit à Mark Paniccia, l'éditeur, que je quitterai le comics après le premier arc. J'ai embarqué sur All-New Ghost Rider afin d'aider à imaginer, définir et établir un nouveau Ghost Rider, Robbie Reyes, avant de l'envoyer s'ébattre dans l'univers Marvel. C'était une opportunité unique et gratifiante. J'ai beaucoup appris sur l'industrie ainsi que sur moi-même, en tant qu'artiste, et sur comment maintenir l'équilibre entre la vie, le travail et l'art. Ça a été un honneur que de travailler avec Felipe Smith - le véritable père de Robbie Reyes - qui est un immense narrateur, un grand artiste et aussi une personne drôle, gentille et authentique. Même chose pour le coloriste, Val Staples, qui, page après page, a su amener mes dessins à un tout autre niveau. Ça ne ressemblerait pas de tout à All-New Ghost Rider sans Val ! Les éditeurs Mark Paniccia et Emily Shaw ainsi que l'éditeur en chef de chez Marvel, Alex Alonso, m'ont aidé à garder le cap et m'ont motivé pendant tout le processus de naissance de All-New Ghost Rider et son intégration à l'univers Marvel. Je remercie sincèrement ces personnes et je remercie tout aussi sincèrement les lecteurs qui ont acheté le comics. Je suis impatient de voir dans quelle direction Felipe, Damion Scott (qui va prendre ma place en tant que dessinateur sur le titre) et les reste de l'équipe vont emmener la série ! Je sais que ce sera génial. Quant à travailler de nouveau pour Marvel dans l'avenir: j'adorerais ! Je ne vais pas prendre en charge de titres Marvel dans l'avenir proche mais je vais continuer à illustrer des couvertures. J'adorerais revenir à l'univers Marvel et raconter de nouvelles histoires, un jour, que ce soit sur Ghost Rider ou un autre titre.


Tradd Moore Ghost Rider


Quels sont tes prochains projets ?
Tradd Moore : Dans l'immédiat, je mets quasiment tous mes efforts artistiques dans la création du troisième volume de Luther Strode. On vient juste de commencer donc je vais probablement y travailler pour l'année qui vient. J'ai quelques autres projets, secrets, dans ma manche mais ils ne verront pas le jour avant un moment donc je vais les garder pour moi, pour le moment. En plus de tout ça, je vais continuer à travailler sur des couvertures de titres Marvel, et ça tant qu'ils me veulent.

Connais-tu des comics français ou bien des artistes français ? Si oui, qu'en penses-tu ?
Tradd Moore : J'en connais, même si je dois admettre que je ne suis pas aussi familier des comics et des artistes français que je le voudrais. J'ai beaucoup aimé ce que j'ai pu voir et lire jusqu'à présent et j'ai l'intention de continuer à creuser la scène comics française. Pour l'instant, je n'en n'ai qu'égratigné la surface ! Mœbius est, bien entendu, un des créateurs de comics les plus influents qui ait jamais été et j'ai un profond respect pour son oeuvre. C'est profond, intemporel et vraiment incroyable. Je suis en train de lire l'Incal pour la première fois et, souvent, j'étudie son travail d'illustration. Joann Sfar est Tradd Moore deadpool super. J'adore le Chat du Rabbin. Je veux aussi voir le film ! Le Tueur de Luc Jacamon et de Matz est très cool. Le dessin de Jacamon est un plaisir à contempler. Il y a aussi Olivier Coipel, un des plus grands artistes travaillant chez Marvel, qui est français. Le travail d'Olivier est, à mes yeux, un des travaux d'illustration super-héroïques les plus iconiques et marquants de notre époque. Il est phénoménalement bon. Je l'ai rencontré à une convention comics il y a de ça des années, avant même que je ne sois publié, et je lui ai montré mon portfolio. Il s'est assis avec moi, a donné son avis sur mon travail et m'a donné d'excellents conseils. Je me souviendrai toujours de cette brève rencontre ; il était très positif, gentil et ça m'a grandement marqué. On peut trouver des artistes incroyablement doués ainsi que des narrateurs visuels dans toutes les régions du monde. Grâce à internet, cela n'a jamais été aussi évident et aussi facilement accessible qu'aujourd'hui. Je suis des artistes qui résident dans toutes les régions du monde et qui ont connu toutes sortes de destins et leur travail me coupe le souffle, chaque jour. Maintenant, tout ce qu'il me reste à faire c'est de trouver le temps de lire les comics écrits par tout le monde, partout dans le monde... Au passage, à tous ceux lisant cette interview : n'hésitez pas à me contacter en ligne pour me suggérer votre comics français préféré. J'adorerais les lire.

As-tu un comics favori ? Lis-tu toujours des comics ?
Tradd Moore : Oui, j'ai été un lecteur de comics tout ma vie ! Quelques uns des mes comics favoris sont : Sandman (Neil Gaiman), Planetary (Warren Ellis, John Cassaday), All-Star Superman (Grant Morrison, Frank Quitely), Blankets (Craig Thompson) et Astonishing X-Men (Joss Whedon, John Cassaday). J'aime tout ce que j'ai lu de Paul Tradd Moore Cataclysm Pope. Idem pour Frank Quitely. Je mettrais ma main sur pratiquement tout ce qu'ils font. Parmi les comics qui ont eu un impact sur moi ou que j'aime lire actuellement, on peut citer : 20th Century Boys (Naoki Urasawa), Seconds (Bryan Lee O’Malley), Preacher (Garth Ennis, Steve Dillon), Nijigahara Holograph (Inio Asano), ZERO (Ales Kot), Southern Bastards (Jason Aaron, Jason Latour) et Uzumaki (Junji Ito).

Si tu avais la chance de pouvoir visiter l'esprit d'un auteur, vivant ou non, afin de comprendre son art ou ses techniques, quel artiste choisirais-tu et pourquoi ?
Tradd Moore : J'irais probablement visiter un des mes artistes japonais préféré, simplement parce que les comics, là-bas, semblent être créés et produits d'une manière très différente, comparé aux Etats-Unis et à l'Europe. J'ai déjà une bonne compréhension du fonctionnement du marché occidental mais je pense que je pourrais en apprendre beaucoup en étudiant les différentes alternatives de méthodes de production issues de pays étrangers. Donc oui,je dirais Akira Toriyama ! DragonBall et DragonBall Z ont eu une énorme influence sur moi, donc j'adorerais rencontrer l'artiste derrière ces séries. Il a travaillé sur toutes sortes de projets: mangas, dessins-animés, jeux vidéos et films... Je sais donc qu'il a une tonne d'expériences professionnelles et artistiques à partager.

Merci énormément Tradd !

Remerciements spéciaux à Alain Delaplace pour la traduction.


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