L'histoire :
En cet été 1970, dans le petit port de Shikomi situé dans la baie de Wakasa, les nuages noirs annoncent du gros temps. Le jeune Takashi renonce à attendre Osamu, qui doit lui montrer depuis des plombes sa collection de katanas. Et la vieille Makiko demande poliment à l’ivrogne du village Kohei, qui s’est endormi comme chaque jour sur une de ses tables, de quitter son restaurant. Il sait qu’il pourra revenir le lendemain pour une nouvelle journée dédiée au saké. Sa petite-fille, la belle Sayori la rejoint avec une caisse pleine d’approvisionnement. Toutes deux se lamentent sur la modernité en marche (pêche industrielle, autoroutes…), qui plonge progressivement la vie économique de ce petit village dans le marasme. Le lendemain, il fait de plus en plus froid et les nuages sont de plus en plus noirs. Takashi, Sayori, Makiko et Kohei s’inquiètent du mauvais présage que cela annonce. Or effectivement, le 3e jour, les villageois ont l’impression que le jour ne s’est pas levé. Et pour cause : il neige ! En plein été ! Tous se regroupent dans l’établissement de Makiko, pour organiser leur subsistance et leur autarcie le temps que cette météo détraquée se calme...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Le duo de scénaristes Rurik Salé et Corveyran a imaginé cette histoire fantastique dans le Japon rural des années 1970 pour les crayons réalistes experts de Jef. Une tempête de neige surréaliste se déchaine en plein été sur un petit port japonais rustique et des fantômes de samurais en sortent pour commettre des crimes à coups de katanas. Le titre Neige de sang définit donc parfaitement l’intrigue, relativement convenue dans son registre fantastique. Le propos ressemble surtout à un prétexte calibré pour mettre en scène le Japon rural et des samurais inquiétants dans un décors post-apo enneigé. Les fantômes en quête du repos de l’âme sont un élément très présent dans le folklore japonais (notamment au travers des yōkai). Le récit est découpé en 7 chapitres, comme autant de jours durant lesquels s’abat cette météo exécrable propice au réveil des samurais tourmentés. Un couple de jeunes gens du village enquête donc sur les éventuelles origines d’une cette malédiction, de la résurgence de ces fantômes et de ce qu’ils sont venus chercher. Le découpage dynamique impeccable magnifie la griffe artistique précise de Jef. Le dessinateur est décidément à l’aise dans tous les contextes et d’une totale maîtrise technique, aussi bien sur l’expressivité ou l’animation des personnages en costumes traditionnels, que pour les décors immergés dans le Japon rural. Immersion et frisson (glagla) garantis.