L'histoire :
En 1936, la famille Bompierre débarque à Gramont, cité ouvrière écrasée par l’usine qui la fait vivre. Le père, sous-directeur autoritaire, impose partout sa loi, au travail comme à la maison. Chez lui, l’ordre passe par la peur et les coups. Son fils François, gamin sensible et taiseux, encaisse les humiliations en se réfugiant dans un imaginaire peuplé d’images fragiles, où il se voit en libellule menacée. Mais dehors, le climat se durcit lui aussi. La colère ouvrière enfle, les grèves se préparent, les idéologies s’affrontent et, jusque dans la cour de récréation, deux camps se dessinent : les fils de notables contre les fils d’ouvriers. En se rapprochant d’une bande de jeunes communistes, François découvre une autre façon de vivre, de penser et de résister. Dans cette France à cran, la révolte qui monte au-dehors accompagne l’éveil intérieur de François et fait peu à peu vaciller l’ordre brutal imposé par son père.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Avec Fils de bourge, Éric Stalner plonge le lecteur dans une France de 1936 minée par les rapports de domination, la brutalité sociale et les fractures idéologiques, pour en tirer un récit âpre, tendu et profondément incarné. Le scénario s’empare d’un contexte politique brûlant, celui d’une France travaillée par les tensions sociales et la montée des extrêmes, sans jamais se perdre dans un simple décor historique. L’une des forces de cet album réside dans sa manière de faire du politique une matière intime. La violence du père n’est pas un simple trait de caractère : elle devient le miroir d’un monde vertical, brutal, où l’autorité s’impose par l’écrasement. La réussite du scénario tient alors dans le parcours de François, jeune garçon cabossé, enfermé dans une maison où l’autorité paternelle se confond avec la violence la plus crue. D’abord écrasé, presque dissous dans la peur, l’enfant gagne peu à peu en consistance au contact d’autres jeunes, d’autres idées, d’une solidarité qu’il ne connaissait pas. Stalner raconte cet éveil sans héroïsation facile. Et puis il y a l’environnement graphique, superbe de bout en bout, qui donne à l’album une densité immédiate. Stalner compose des visages habités, des regards lourds de peur, de honte ou de colère, et restitue avec soin les décors ouvriers comme les instants de respiration. Son trait ample et expressif, soutenu par une mise en scène très lisible, nourrit en permanence l’émotion du récit. Chaque planche accompagne l’ensemble avec une maîtrise impressionnante. Sans surjouer, l’auteur livre un one-shot puissant, beau et intelligent, qui secoue durablement.