L'histoire :
En 1864, Jean-Baptiste Godin, industriel de Thiérache (Nord de l’Aisne) spécialisé dans les poêles en fonte, est en visite à Paris en compagnie de son fils Emile (jeune adulte). Il lui montre les impressionnantes halles conçues par Victor Baltard, avec leur système de ventilation sophistiqué, lorsqu’une gamine des rues tente de lui dérober sa montre à gousset. La petite voleuse est stoppée net dans sa fuite par un boucher qui s’apprête à lui faire passer un sale quart d’heure. Mais Godin intervient, récupère sa montre et modère la violence du boucher contre deux pièces d’argent. Il ne laisse guère de choix à la gamine, surnommée Glannes, à moitié orpheline : elle le suivra à Guise. Vingt ans plus tard, au petit matin, un aigrefin sort en titubant d’un tunnel ferroviaire d’Aubervilliers. Il a le visage en sang, suite à une rixe dans un wagon de train qui roulait de nuit. Il s’effondre devant des passants, après avoir demandé qu’on le ramène auprès de Madame Fourier, rue de la Grande Truanderie. Il s’appelle Célestin Rivoire et il est l’un des « réguliers » de cette mère maquerelle qui a fondé le « familistère du crime ». Ses copains le portent inconscient jusqu’aux appartements du docteur qui officie dans ce lupanar tout à fait toléré par l’Etat français, car il permet de canaliser les têtes brûlées qui terrorisent le cœur de Paris…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Prévue en deux tomes, cette Rue de la Grande Truanderie, authentique rue parisienne du quartier des Halles, nous emmène plus sûrement au Nord de l’Aisne, au sein du familistère de Godin (qui fabriquait les poêles en fonte) à Guise. C’est dans cette ville de Thiérache que le célèbre industriel a fondé ce phalanstère ouvrier en 1880… une utopie qui a réussi et perduré jusque 1968 ! En sus de nous faire une peinture sociale assez poussée de l’époque, de nous présenter les lieux (déjà croisés dans De briques et de sang et La guerre des Lulus) et le système révolutionnaire mis en place par Godin, le scénariste Jean-David Morvan propose une intrigue policière prenante et inspirée de la réalité familiale tourmentée de Godin. Il s’appuie surtout sur les talents graphiques d’un nouveau venu dans la BD, Romain Rousseaux Perin, jusqu’alors architecte et thésard en sociologie. Or pour un premier album, c’est sacrément bluffant ! L’artiste s’est assurément appuyé sur une documentation abondante. Ses planches réalisées via une technique traditionnelle et à une échelle quasi de 1:1 (puis colorisées par Ooshima) sont néanmoins d’une grande précision et dévoilent régulièrement des vues vertigineuses sur les bâtiments (l’incroyable plongée en double page sur Paris p. 17-18, le lupanar de Glannes, le familistère sous toutes les coutures…). Un cahier final réalisé par le Familistère de Guise revient sur cette utopie réalisée et son fondateur, d’après les travaux de Charles Fourier.