L'histoire :
En plein cœur des tranchées, deux soldats allemands observent le champ de bataille couvert de barbelés. Ils sont de garde, perdus au milieu de ce no mans land lunaire. Ils parlent d’une rumeur qui se répand dans les lignes, celle d’un officier qui se baladerai entre les lignes, dans ce grand rien. Il semblerait qu’il porte un uniforme allemand et que plusieurs fois, les tirs ennemis ne lui ont rien fait. Ce ne peut être qu’un mirage dans un désert de sable comme en Afrique. Ici, pourtant, ce n’est que boue et eau. Une pluie incessante qui transforme le terrain flaques boueuses, dans lesquelles les rats viennent s’abreuver. Les deux soldats se plaignent inlassablement des conditions de vie dans ces tranchées. Le seul qui reste impassible dans cet univers de mort, c’est un corbeau noir. Il observe le champ de bataille et la misère dans laquelle les hommes se sont mis. Un des soldats ne le supporte plus. Il arme son épaule prêt à en découdre avec le freux. Il le vise, bien décider à descendre cet oiseau de malheur. Otto fait feu, certain de l’avoir touché. Quelques secondes plus tard, les deux soldats entendent un croassement altier…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Illustrateur taphophile (qui a la passion des cimetières), Tony Zwald présente un récit en noir et blanc qui nous ramène durant la première guerre mondiale, au cœur des tranchées et dans la tête des soldats des Sturmtruppen allemand. Dans l'atmosphère désolée complètement lunaire du champ de bataille, on suit le quotidien de soldats allemands qui se laissent prendre chacun leur tour par la folie. Une démence logique due aux conditions dantesques de l'environnement hostile. Seul le corbeau noir, aussi appelé « le freux », semble se sentir dans son élément. Pour retranscrire cet univers morbide et décharné, Tony Zwald use d’un dessin au noir et blanc charbonneux, accordant la dimension sépulcrale. Il ajoute à cela un contexte psychologique angoissant. La psyché du soldat est mise à rude épreuve dans ce contexte de guerre effroyable. La folie se mélange au quotidien et la mort guette à chaque rangée de barbelés dans ce lieu maudit que sont les tranchées. La mort est ici associée au freux, ce corbeau noir que l’on peut interpréter comme l'émissaire de la faucheuse.