L'histoire :
Encapuchonné, Deter, un guerrier logaï, traverse la forêt en solitaire. Il grimpe en haut d’un arbre géant pour s’orienter vers sa destination : une forteresse en forme d’immense colonne. Il traverse un village abandonné, où l’on a érigé un totem avec des squelettes humains et animaux empalés et enchainés. Arrivé devant la grande porte de la forteresse, il est étonné de voir le pont-levis abaissé et la herse levée. Il approche en se méfiant et il a raison : par une meurtrière, deux gobelins tirent des carreaux d’arbalète sur lui. Il les évite et rebrousse chemin par les douves. En se faufilant à travers les rochers, sous les arbres morts et via la rivière, il accède à un jardin de l’autre côté, où trônent des statues géantes. Il met en fuite des oiseaux parlants et moqueurs. Il trouve un accès qui descend vers une galerie souterraine pavée. Il connait les pièges et les symboles cabalistiques qui permettent de les contourner. Il arrive ainsi dans une immense pièce haute de plafond, avec un brasero allumé en son centre. Une voix le somme de se présenter. Deter annonce qu’il vient rencontrer le bibliothécaire pour toucher son salaire. Il est l’unique survivant d’une mission réussie ; maintenant il veut être payé.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Visiblement, un « logaï » est une sorte de troll taciturne, une créature hominidé imberbe, musclée et futée, sans crocs. C’est en tout cas ce hideux personnage ramassé et encapuchonné, prénommé « Deter » (comme… « déterminé » ?), qu’on va suivre à travers une simple quête de « salaire » durant tout ce one-shot grand format, en pur noir et blanc. Pour le pitch : Deter a réussi une mission suicide et maintenant, il veut être payé. Or le chemin vers « la DRH » de cet univers de dark fanfasy, hommage à l’œuvre de Richard Corben ou Franck Frazetta, est long et périlleux, jonché de pièges à franchir, d’ennemis tous plus coriaces les uns que les autres à combattre. Mais Deter n’a pas peur et il est résolu à aller jusqu’au bout. En auteur complet, le lyonnais Amaury Bundgen déroule ce parcours barbare en neuf étapes, un chapitrage qui fait penser aux niveaux d’un jeu vidéo. Le dessin réaliste, une griffe fine et encrée, soigné en toutes circonstances, est dingo. Les créatures sont toutes plus épouvantables les unes que les autres, les architectures vertigineuses s’appuient sur des profondeurs exaltantes, des coursives inquiétantes, des escaliers à n’en plus finir, des volumes de salles immenses dont en entendrait presque l’écho si… l’auteur n’avait pas privilégié la narration visuelle aux dialogues. Peu de blablas accompagnent en effet Deter dans son parcours obstiné (60% de planches muettes).