L'histoire :
Le seigneur Gabriel est un vampire. Il est loin, désormais, le temps de la grande abondance. Il survole le lycée agricole de Charleville Mézière. Il surveille. Les moribonds, des zombies, s’approchent de son cheptel humain par la rue du Muguet. Il en compte quatre. Il va devoir s’employer à ce à quoi il n’est pas fait : le travail. Le vampire est sans pitié avec les moribonds : il les décapite, les éviscère, les piétine. Les moribonds n’ont que faire de la présence de Seigneur Gabriel. Ils ne le remarquent même pas, et pour cause, il est déjà mort. Les humains sont cloitrés dans une classe, apeurés. Ils supplient le vampire de ne pas les tuer. Seigneur Gabriel est sans pitié et vide de son sang la première victime qui s’offre à lui. Il choisit parmi son garde-manger quelques hommes costauds pour aller dans un entrepôt chercher des victuailles pour les nourrir. Au lever du jour, il est temps pour lui de se retirer. Il ne manque pas de menacer ses proies et les enjoint à ne pas sortir. Il les menace si l’idée leur venait de fuir...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Notre monde contemporain est devenu un vrai film d’horreur. Dans un environnement apocalyptique, seuls quelques humains ont survécu et servent à nourrir un vampire. Ce dernier doit préserver cette ressource devenue rare des morts-vivants qui hantent la ville. S’il y a un rapport de domination, il existe également une interdépendance entre les humains et leur bourreau. En effet, le vampire ne peut pas se passer des humains s’il ne veut pas disparaître et les humains ont besoin de sa force, de sa protection contre les moribonds. Quand les humain(e)s ont le courage de s’opposer à leur bourreau, les rapports hiérarchiques tendent à se rééquilibrer, voir s’inverser. Avec ce conte à la foi cauchemardesque et jubilatoire, Florence Dupré de la Tour fait clairement référence au monde du travail et aux rapports existants entre le patronat et le prolétariat. Cette satire politique sur les rapports sociaux est menée avec intelligence et ironie. Une classe dominante n’a d’existence que par ses subordonnés et sans eux elle est vouée à disparaître. Au fil du récit, le personnage de Gabriel devient presque attachant quant il se livre sur le divan ou quand il doit travailler pour sa génitrice. La conclusion de ce conte au final assez sombre réserve quelques surprises. Graphiquement, le dessin simpliste et approximatif de Florence Dupré de la Tour sert pleinement le propos politique.