L'histoire :
En juin 1864, une famille de colons français traverse les grandes plaines américaines jusqu’alors peuplées par les indiens, pour aller s’installer sur la Côte Ouest. A cette époque, les tribus indiennes sont divisées entre elles ; et parfois au sein même des tribus les avis divergent, quant à l’attitude à adopter face à ces envahisseurs. Officiellement, des traités de paix étaient signés (Horse Creek, Fort Wise…), mais les territoires indigènes étaient de plus en plus rognés et les indiens humiliés. De fait, certains réagissaient en pratiquant une guerre d’usure, d’incessants raids sporadiques et sauvages sur les campements de pionniers ou les baraquements d’orpailleurs. Dans ce contexte, après quelques mois d’emprisonnement à Saint Louis, en raison de leur engagement au sein de l’armée vaincue confédérée, face à l’armée de l’Union, les frères Bent rentrent enfin chez eux. Ils retrouvent le ranch tenu par leur père, un fermier bien établi dans le Colorado et accepté par les indiens locaux. Et pour cause : les frères Bent sont métis, leur mère est une squaw qui continue de vivre au sein de sa tribu de cheyennes. Ils sont à un nouveau carrefour de leur destin. Doivent-ils aller retrouver leur mère, aider au ranch ou partir trouver du travail à Denver ?
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Ce western en territoire cheyenne (actuel Colorado) porte un focus exclusif sur un évènement majeur de la longue guerre des grandes plaines : le massacre de Sand Creek (11 novembre 1864). Rappelons le contexte : quelques mois après la guerre de sécession, des pourparlers de paix se tiennent entre colons et indiens, au sujet de l’exploitation des vastes territoires sauvages au centre des Etats Unis. Or qui dit négociation et règlements d’occupation, dit aussi traîtrises. Auteur spécialisé dans les cultures amérindiennes, Patrick Prugne adopte une narration presque factuelle et didactique, en essayant de s’en tenir au plus proche des faits, sans résolution narrée. C’eut été Inutile : on sait qu’au final, les colons européens ont fait un génocide sur les populations indiennes. Observateur distant et artiste complet, Prugne met tout de même en scène une famille culturellement tiraillée entre deux cultures. La mère est une squaw qui reste intégrée à sa tribu ; le père est un éleveur qui a monté un ranch important et qui a apaisé sa situation avec les tribus locales. Il est respecté et bilatéralement écouté pour sa diplomatie et son respect des territoires occupés. Les fils métis n’empruntent pas la même voie et vont être en prise directe avec le massacre qui se prépare – une infâme félonie de la part des blancs. A travers ses aquarelles aux teintes délavées et aux aspects brumeux, Prugne fait aussi une large place aux réflexions contemplatives sur ces vastes territoires et sur les attributs de la culture cheyenne, sur le point de devenir reliques.