L'histoire :
En 1754, le français Pierre Larchange est un « coureur-des-bois » quasiment devenu un indien shawnee, à force de vivre au milieu d’une tribu de l’Ohio. Il s’est même entiché d’une jeune, jolie et fragile squaw, Lune Pâle, avec laquelle il a eu un fils. Il a établi une cabane sur une rive du fleuve, où ils vivent quelques années de bonheur isolés à la belle saison ; l’hiver, ils rejoignent le camp indien. Puis un jour, Lune Pâle tombe malade et meurt. Larchange culpabilise et confie finalement l’éducation de son fils aux indiens. Il rejoint alors le Fort Duquenne, alors même que débute la guerre de 7 ans, contre les anglais sur le territoire de la Nouvelle France. Les anglais sont aidés par les iroquois et leurs ambitions sont fortes de s’emparer de ce territoire vital pour le royaume de France : il permet de relier la Louisiane et le Mississippi à Montréal et au Québec. Un matin d’hiver enneigé, le marquis de Jumonville tente une négociation. Il sort du fort avec un détachement à la rencontre des anglais. L’officier ennemi qui se présente à lui est jeune et s’appelle George Washington. Mais tandis que lors des palabres, chacun reste campé sur ses positions, un guerrier iroquois appelé Akaash assène un violent coup de tomahawk à Jumonville, le tuant sur le coup. Larchange se lance à sa poursuite et parvient à capturer Akaash et à le ramener au fort pour qu’il y soit jugé. Mais au mépris des faits, les officiers français préfèrent accuser les anglais de ce meurtre, ce qui permet de légitimer leur guerre. Larchange n’est pas d’accord… il reçoit le lendemain un ordre de mobilisation vers Europe. Larchange doit quitter la Nouvelle France. Il passe dire au revoir à son fils…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
La guerre de 7 ans (1756-1763) qui a opposé tous les pays d’Europe entre eux, mais s’est aussi largement répandue sur le nouveau monde, est considéré comme le premier conflit mondial. C’est dans ce contexte que le scénariste Stephen Desberg campe le destin tourmenté d’un coureur-des-bois français appelé Pierre Larchange. Au début de cette aventure de 120 planches, dans un luxueux grand format, ce personnage principal s’est fondu dans la culture indienne (shawnee), au point d’avoir un fils métis. Mais son statut de sujet de sa majesté (Louis XV) le rappelle à ses devoirs militaires : il est mobilisé pour combattre les prussiens en Europe et abandonne donc son fils pour plusieurs années… puis il revient en Nouvelle France pour le retrouver et vivre d’autres aventures. On traverse cette fresque historique et martiale pétrie d’un lyrisme austère en essayant de comprendre la géopolitique complexe de l’époque. Les narratifs et dialogues sont certes soignés, mais le souffle épique est laborieux. Surtout, on peine à saisir le sens de la narration, à la fois dans le ton insufflé et dans les faits. Sous les encrages et les couleurs directes de Bernard Vrancken (c’est la première fois qu’il utilise cette technique), les charges héroïques, les paysages systématiquement tristes, enneigés, crépusculaires, confèrent pourtant l’effet cinémascope primordial… mais on ne parvient jamais à s’attacher à ces personnages aux traits de visage impassibles et qui parlent la bouche fermée.