L'histoire :
Tout est dit dans le titre : L’homme qui a vu l’homme qui filme l’homme qui tire plus vite que son ombre. Envoyé en mission « making of » sur le tournage de Lucky Luke, Bouzard ausculte la fabrique du western, de la préparation aux prises dans le désert de Tabernas (Almería). Sauf que la caméra n’a jamais le dernier mot : le making of se met à jouer les vedettes, et chaque étage de regard déclenche une nouvelle bêtise. Un figurant se prend pour le héros, un réalisateur perd le Nord, un plan « sérieux » finit en gag, et les faux raccords deviennent des blagues. Les répliques déraillent, les poses viriles se dégonflent, les accessoires font la loi. Avec Rantanplan en accélérateur de catastrophe, le carnet de croquis devient miroir : il renvoie le western à sa vanité et propulse le lecteur en plein délire « Bouzardiesque ». Silencio y motor !
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Guillaume Bouzard a ce talent rare : faire du gag une mécanique de récit, pas un simple accessoire. Ici, il s’empare d’un mythe de papier – le cowboy qui tire plus vite que son ombre – et le passe à la moulinette du regard. On croyait lire un western ? On se retrouve à décortiquer comment une scène se fabrique, comment une image ment, comment un héros se compose à coups de cadrages et de postures. Le titre, à rallonge, annonce la couleur : plus on empile les regards, plus la réalité se brouille… et plus c’est drôle. La grande force de l’album, c’est son sens du tempo. Bouzard sait quand laisser une case respirer pour installer un silence gênant, et quand accélérer en rafale pour que la logique s’écroule avant même qu’on ait le temps de protester. Les dialogues partent en crabe, les scènes du quotidien deviennent burlesques, le récit est retranscrit à travers le prisme de Bouzard : on vise l’épique, on touche le ridicule. Et ce ridicule, jamais méchant, sert surtout à décoincer le sourire. Graphiquement, l’efficacité prime : une lisibilité impeccable, des expressions qui claquent, et ce petit art de la déformation juste ce qu’il faut pour que l’émotion passe par le rire. On sent l’amour des codes, mais aussi l’envie de les saboter de l’intérieur. Les situations cocasses et le comique de répétition deviennent ici une arme. Au final, c’est une BD qui tire vite, oui, mais surtout qui tire à côté – volontairement – pour mieux toucher là où ça fait rire. Une lecture courte, nerveuse et diablement réjouissante, parfaite pour ceux qui aiment quand le western finit… en éclat de rire.