L'histoire :
Garance a une vie ordinaire, « quasi parfaite », avec Nathan. Il ne leur manque qu’un bébé pour parfaire le tableau. Naturellement, le jour ou sa fille Eden naît, elle se doit de lui offrir le meilleure et être une mère parfaite. Garance est féministe et militante, elle prône l’éducation positive, l’écoute des besoins de sa progéniture et elle s’y plie ! Il faut dire qu’elle a lu des bouquins pendant sa grossesse, elle sait tout sur la parentalité, elle va gérer comme un chef... ou pas ! Car la réalité s'avère toute autre. Elle se retrouve en effet « esclave » de ce petit être en devenir qui exige lait, couches et câlins quand bon lui semble. Garance se sent dépassée et fatiguée. Elle qui a refusé les injonctions sur la maternité et les conseils, elle regrette (peut-être) un peu. Elle est épuisée, physiquement, moralement, se sent dépossédée de son corps... Elle culpabilise d’être une mauvaise mère. Après tout, depuis des siècles on nous fait croire qu’être mère c’est idéal et parfait. La société est coupable de nous mentir et (largement) d'enjoliver la réalité.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Lucrèce Andreae « dénonce » le bonheur de la maternité avec un titre et une couverture qui interpellent, percutants et très explicites. Il y a même un double sens, puisque dans « Amère » il y a « mère ». Lucrèce Andreae est autrice, réalisatrice et scénariste. Elle est l’auteure de Flipette et Vénère paru chez Delcourt en 2020, l’histoire de deux sœurs qui évoluent dans deux mondes différents. Dans ce nouvel album autobiographique, elle se démarque dans sa manière d’aborder la maternité. A travers son alter ego Garance, elle évoque différentes thématiques inévitables qui ponctuent la vie des femmes, comme l’amour, le couple, la pression sociale à concevoir et la condition des femmes dans la société. Il est vrai que la maternité est fortement représentée aujourd’hui, dans de nombreux ouvrages. Mais le sujet d’une maternité compliquée l’est peu ou plutôt survolé. Son arme, c'est un humour tranchant, sans tabou et parfois cash. Esthétiquement, les dessins sont petits, au style enfantin et l’écriture est manuscrite. Malgré des couleurs pétillantes, le graphisme est vraiment brut, atypique, voire parfois difficile à interpréter. Mais il s’accorde avec le récit qui déconstruit la maternité, ce qui rend l’ensemble tout à fait cohérent. Nul doute qu’un travail long et rude a été appliqué, au vu du nombre de pages. Le lecteur devine un récit cathartique et une thérapie nécessaire pour démentir cette maternité tant fantasmée. Audacieuse, intime, écrite avec sincérité, à la fois drôle et émouvante, libératrice aussi, cette lecture casse les codes du feel-good, écrase l’illusion et rétablit la vérité. Une découverte qui soigne et fait du bien, parce qu’on se le dise : on est toute des Garance.