L'histoire :
Des collègues de « l’administration départementale » discutent le matin devant la machine à café. La veille s’est tenue une élection importante qui a vu la victoire écrasante d’un gars un peu lourdingue qui claque les fesses des meufs en criant « Bip Bip ! » Ils craignent donc le pire pour les années qui viennent, surtout que le gars en question arrive derrière le groupe et claque les fesses de la meuf en criant « Bip Bip ! » Le directeur Ravano réunit tout le monde et les informe de l’officialisation de la nouvelle organisation : il va y avoir un nouveau ministre de la coercition conjoncturelle des administrations départementales. Celui-ci débarque de l’extérieur au bout d’une liane, en brisant la vitre et en criant « Banzaïïïï ! ». Il annonce d’emblée la couleur : ensemble, on va faire de grandes choses ! Primo, la privatisation du service public. Deuxio, la disruption de l’administration et la synergie des solutions holistiques en garantissant un upscale des bulletpoints dans un cadre de libération économique. Tertio, il impose sur tous les terminaux informatiques l’intelligence artificielle ClipGPT, inspiré par l’ancien assistant virtuel de Word, qui a toute latitude pour prendre des décisions répressives radicales immédiates…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
A travers ce petit recueil de gags de la collection Pataquès, Marc Dubuisson propose de rire jaune avec l’application du fascisme dans un service public départemental. Une élection engendre une nouvelle gouvernance par des olibrius qui n’y connaissent rien à la fonction publique, mais qui appliquent toutes les solutions fachos radicales qu’un pilier de bistrot est capable de mugir quand il est bourré. C’est-à-dire l’application sans recours possible de règles iniques virilistes et de vérités autoproclamées arrivistes, très proches, par exemple, des méthodes hallucinantes et verticales de l’administration Trump. Un running gag de novlangue donne le ton, en proposant de « disrupter l’administration et de synergiser des solutions holistiques en garantissant un upscale des bulletpoints dans un cadre de libération économique ». Dubuisson a certes le sens de la réplique bien contemporaine, mais ce type d’humour est vite capté, très répétitif et il finit par lasser. Cet ouvrage est donc à découvrir par très petites doses. Surtout que la partition graphique est on ne peut plus minimaliste : des petits bonhommes bâtons évoluent sur des aplats de couleurs représentant en quelques traits fades des décor récurrents.