L'histoire :
Tout semble paisible dans la forêt. Puis, sans prévenir, une catastrophe surgit et embrase tout sur son passage. La plupart des animaux regardent, stupéfaits, leur monde disparaître dans les flammes. Seul le colibri décide d’agir, armé de quelques gouttes dans son bec. Mais la chute est brutale : ce geste héroïque n’est en réalité que quelques gouttes d’urine d’un homme sous la douche. Et ce choix lui coûte la vie. Voilà le ton : détourner, surprendre, parfois choquer, pour éveiller aux enjeux environnementaux contemporains, concrets et brûlants. Le rire s’invite, grinçant, pour déplacer le regard et questionner autrement. Derrière l’absurde, une lucidité mordante jusque dans cette scène où un adorable faon, façon Bambi, pleure la perte de son chasseur. Ici, le vivant pense, agit, s’organise. Animaux et plantes s’en mêlent, bousculent les rôles et accompagnent l’humain face aux violences du monde – qu’elles soient policières ou nourries par le racisme ordinaire. De ce renversement naissent des fables bucoliques autogérées, politiques et résolument indociles.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Popolitique ne manque vraiment pas d’humour, d'imagination et d'esprit critique. Cet album détourne les grands drames écologiques pour provoquer le rire cynique, allant chercher le lecteur là où il ne s'y attend pas, dans l’improbable, pour mieux le faire réfléchir. Tout commence avec le fameux colibri et ses « petits gestes », qui se révèlent dérisoires, jusqu’à une chute à la fois cruelle et humiliante. Puis vient le mythe de Bambi, revisité avec un renversement savoureux : ici, « les cerfs et les biches sont les premiers écologistes de France » et il devient logique de « réguler » les chasseurs, devenus trop nombreux, en les « prélevant pour préserver la biodiversité ». Le décalage surprend, désarçonne et fait mouche. L’absurde et la dérision servent de levier critique. Une grenouille qui réclame un baiser sans consentement se heurte à une princesse qui règle la situation d’un coup de livre bien placé. Le ton est frontal, l’engagement assumé qu'il soit à l'encontre des politiques, des multimilliardaires, des pesticides, des masculinistes… rien n’est épargné. Les racistes et les fascistes sont eux aussi pris pour cibles, tournés en dérision avec une verve mordante. Pour démonter les fake news et autres propagandes, l'auteur s’appuie sur des sources fiables et référencées, ainsi que sur la culture populaire. Tout est aussitôt détourné pour mieux ridiculiser les jemenfoutistes. La mise en page simple et efficace – un gaufrier de six cases de tailles égales – va droit à l’essentiel et enquille un sujet par planche. Inutile de surcharger le dessin : les aplats de couleurs et des personnages (animaux et humains) sans yeux suffisent à faire passer le message, avec force et clarté. Cette lecture fait lire et réfléchir, tout en incitant à se replonger aussi bien dans Philippe Descola que Pierre Rabhi.