L'histoire :
La vraie vie de Didier Super débute en 2002, chez sa maman, à Douai, au moment où il se rend compte qu’il risque de devoir travailler pour pouvoir bouffer. Dans sa chambre avec Maya l’abeille sur la tapisserie, il a alors la révélation : il va « écrire des chansons rigolotes à la con ». Et son nom de scène sera « Didier Super », parce que… bin… fallait un truc qui fasse super. Et y’a pas plus super que Super. Quand sa maman entend les paroles de ce qu’il va chanter, elle est horrifiée. Mais Didier Super s’en fout, il lance sa carrière à Valenciennes, sur une scène pourrie montée par des étudiants de l’IUT de commerce. Dès les premières chansons, les commerçants râlent, le public est absent, la municipalité panique… les organisateurs font arrêter le massacre. Seule une petite mongolienne en parka rose est aux anges. Un fan qui a trouvé ça rigolo lui propose de faire un site Internet, sur lequel il est filmé en train de chanter ses chansons et de faire des conneries. Une propagation virale se met alors en branle et lui assure une petite notoriété auprès des djeunz. Jusqu’à ce qu’une maison de disque l’appelle pour produire son album. Au début, Didier leur raccroche au nez, pensant qu’il s’agit d’une blague. Et puis non, finalement, il signe un vrai contrat, où il est sûr de se faire entuber par des gens qui cherchent la rentabilité d’un concept. Mais il accepte quand même : il a enfin l’occasion d’être payé pour faire ce qu’il aime, c'est-à-dire ce qu’il veut…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Comment ! Vous ne connaissiez pas Didier Super ? Le personnage mérite pourtant le détour, non pas en raison de son immense talent, mais justement pour tout le contraire. Un beau jour, il a décidé de faire chanteur à texte, ou plutôt à non-texte. Et comme il y a eu des abrutis pour venir à ses concerts débiles ou acheter ses disques pourris, il a continué. Il faut dire qu’il a bénéficié d’une promo providentielle de la part de Télérama, qui a qualifié sa production de plus mauvais disque du monde et de tous les temps. On comprend le compliment quand on s’en réfère aux normes traditionnelles de « bon goût » et de « beau » : sur ce disque, beuglé et enregistré dans une piaule infâme, il prend la défense des pédophiles (dans Y’en a des bien) et balance des titres emplis de sagesse et de philosophie telles que Y’en a marre des pauvres, ou On va tous crever !. Bref, s’il y a une connerie à dire ou une limite à dépasser, Didier Super se rue aussitôt dessus, surtout si ça n’est pas politiquement correct, surtout s’il perçoit l’appel d’air du bide intégral. Par exemple, actuellement il prépare une comédie musicale, un suicide théâtral appelée Et si Didier Super était la réincarnation du Christ ? (et il avoue que c’est n’importe nawak, puisque la réincarnation, c’est un truc de bouddhiste). Oui mais pourquoi ? Parce qu’il a envie. Car Didier Super est un vrai artiste, au sens premier du terme. Comprenez qu’il ne cherche pas à suivre un plan de carrière défini ou à embrasser une niche marketing, mais à faire absolument ce qu’il veut, surtout le contraire de ce qu’on tente de lui imposer. Or, c’est ici que se trouve une substantifique moelle (si si), que cet album met parfaitement en lumière : l’artiste est un canal entre le cosmos et les cons, alors que la vedette intervient entre les cons et l’industrie. Ce qu’il fait est donc loin d’être totalement dénué de sens et Emmanuel Reuzé, qui dessine et structure cet album, l’a bien compris. En une vingtaine de séquences, Reuzé met en images le parcours chaotique de l’artiste auprès des producteurs, des tourneurs de concerts, du public. Fidèle à son idéologie, Didier Super raconte son expérience de la scène (les concerts minables) et dénonce avec la plus naturelle des sincérités le milieu pourri du showbiz (les interviews télé ou radios qui tournent au vinaigre). Dégingandée dans sa forme narrative, saturée en couleurs, sur une maquette ringarde, cette biographie ne cherche pas à être systématiquement drôle, mais à coller à son sujet… et il semble bien qu’elle y soit parvenue !