L'histoire :
Le 26 novembre 1969, trois hommes s’approchent avant l’aube d’une cabane de berger, dans le parc naturel du Simien, en Ethiopie. Ils sont dirigés par Nadew Woreta, un noir, ancien gardien-chef du parc naturel. Ils attendent patiemment que le troupeau de walias (bouquetins d’Abyssinie) apparaisse et font feu. Deux hommes sortent alors de la cabane en panique : le blanc George Brown, mandaté pour structurer la préservation naturelle du parc du Simien, et le noir Haylu Ayele. Dans la fusillade, Haylu est froidement abattu. Nadew Woreta et ses hommes repartent, sans scrupule. Nadew a en fait accompli sa vengeance, car 10 jours plus tôt, c’était un de ses hommes, Yeinater, qui mourrait d’une balle de fusil dans des conditions de braconnage similaires. Ces exactions se déroulent en marge d’un programme de préservation naturelle de la région, mis en place par le WWF, avec le soutien de l’empereur éthiopien Haïlé Sélassié. 6 mois plus tard, l’enquêteur Sebastian Gops fait un rapport circonstancié sur ces affaires et leurs tensions préalables, auprès d’un des directeurs du WWF, au siège de Morges (Suisse)…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Cette BD-reportage porte le focus sur un sujet pour le moins méconnu, depuis notre prisme contemporain hexagonal. Au début des années 1960, un « projet spécial » africain était en effet lancé sous l’égide de l’empereur d’Ethiopie Haïlé Sélassié : créer des parcs de protection de la faune et la flore dans l’Est de l’Afrique, afin de lutter contre les extinctions des espèces, préserver les ressources et le patrimoine local de la modernisation et de l’aridité galopantes. Or ce point de départ a priori vertueux s’est rapidement mué en néocolonialisme vert, lorsque des barbouzes blancs issus d’organismes occidentaux s’en sont mêlés. Ils ont alors appliqué des méthodes radicales, obéissant à des réglementations iniques, afin de chasser de ces zones 14 millions d’agriculteurs et de bergers, et réintroduire artificiellement la faune sauvage. Au scénario, Guillaume Blanc, historien de l’environnement et de l’Afrique contemporaine, s’arrange quelque peu avec les faits authentiques (il remet tout dans l’ordre en postface), mais globalement, il retrace une histoire vraie. Sa narration découpée en 4 chapitres – autant que de protagonistes principaux – n’est certes pas toujours très limpide… notamment parce que le dessin encré et un peu rough de Chico est certes fort bien équilibré dans la composition des cadrages, mais peu précis dans le détail des personnages qu’il nous arrive de confondre. On retient de cette histoire d’écologie politique et colonialiste une leçon cynique : « Apprendre à naviguer ou partir ».