L'histoire :
Fin avril 1986, Leonid et Galia sont un vieux couple de paysans ukrainien, dont la ferme est située à proximité de la ville moderne de Prypiat. Il y a quelques jours, un terrible accident s’est produit sur la centrale nucléaire de Tchernobyl, toute proche… De fait, les autorités soviétiques ont entrepris d’évacuer les habitants de la région, de détruire les maisons et d’ensevelir les gravats dans la terre. Mais ce vieux couple de paysans a insisté pour revenir habiter chez eux, avec les quelques animaux qui ont survécu à l’abattage systématique. Avec l’acceptation des soldats, ils sont donc revenus à pied, par la route. Heureusement, avant d’être évacués, ils avaient pris soin d’écrire sur le mur extérieur d’entrée, en grosses lettres : « Ne détruisez pas notre maison ». De fait, leur maison est toujours là. Elle a certes été visitée par les soldats, quelques objets sont tombés par terre… mais il n’y a rien de tragique. En quelques heures, ils nettoient, ils réparent, ils reprennent leur vie normale. Le soir, ils se font à manger et dînent à table. D’un commun accord, ils évoquent l’objectif de recommencer à cultiver leur terre. Ils espèrent juste que leurs enfants et leurs petits enfants se portent bien, après cette catastrophe…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Ce roman graphique dessiné en noir et blanc par l’espagnole Natacha Bustos parait à quelques jours des 40 ans de l’accident sur la centrale nucléaire de Tchernobyl (le 26 avril 1986). Cette catastrophe atomique reste le pire cataclysme industriel de l’Histoire humaine. Par comparaison, Fukushima fut 3 fois moindre par la puissance des radiations et bien plus restreinte géographiquement : Tchernobyl a irradié l’Europe entière ! Le scénariste espagnol Francisco Sanchez retrace factuellement l’évènement, de manière quasi subjective, en plaçant le lecteur dans la peau d’une famille lambda d’ukrainiens habitants la région de Prypiat / Tchernobyl. Trois chapitres fort peu bavards rythment ce retour sur les faits. Primo, on suit les ainés, les vieux paysans qui décident de revenir habiter dans la zone contaminée : ils savent qu’ils vont gravement restreindre leur espérance de vie, mais c’est chez eux et ils n’imaginent pas vivre dans un relogement en ville. On découvre ensuite la génération du dessous : le mari travaille à la centrale le soir de l’accident ; son épouse est enceinte et redoute le pire pour son bébé. Enfin, leurs enfants partagent la manière dont les autorités soviétiques de l’époque ont géré le problème, avec une évacuation tardive et une promesse de retour rapide… qui ne se fera jamais. On (re)découvre aussi le sacrifice de « robots humains », les centaines de liquidateurs qui donnèrent leur vie pour sécuriser au maximum « la zone », aujourd’hui une aire d’exclusion de 2600 km² à la frontière de la Biélorussie, à 100km au Nord de Kiev. Pour qui s’est précédemment déjà intéressé à l’accident de Tchernobyl, cet album n’apprendra rien. Mais il a le grand mérite de nous le faire revivre de l’intérieur, de manière factuelle, neutre et honnête. Et ainsi de nous faire prendre conscience de ce qu’ont vécu les ukrainiens de la région.