L'histoire :
En Turquie, près de la frontière syrienne, « Mousta » maltraite ses « touristes », syriens qui désirent fuir le pays pour tenter leur chance en Angleterre. Il s’en prend notamment à la jeune et jolie Esrin, dont la tête est ceinte d’un foulard des combattantes kurdes. Ils s’apprêtent à faire une longue route illégale jusqu’à la « jungle » de Calais où ils devront se débrouiller pour traverser la manche. A Londres, le chef du réseau, Soran, possède une alimentation de quartier comme couverture. Il a convoqué Awar, force de la nature, chauve taiseux, pour lui demander de superviser le convoi. Il devra vérifier si Mousta gère bien la situation et qu’il est capable de prendre du galon. Awar, lui, est hanté par le souvenir d’une mission avec Soran, lors de laquelle une petite fille avait été dure à maîtriser…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
La gorge serrée, on suit l’histoire d’Esrin et surtout celle d’Awar, ses secrets que l’on découvre peu à peu au gré des décisions qu’il doit prendre pour mener les migrants illégaux de la Syrie vers le Nord de la France, accompagné par des Passeurs violents et sans scrupule. Ce personnage de taiseux, qui n’a pas l’air très malin, fait parfois penser au Lennie Small de Steinbeck, mais pas complètement. La diégèse romanesque est intéressante, tragique déjà, car les lourds secrets d’Awar remontent peu à peu aux lecteurs, mais c’est bien entendu un prétexte à montrer la réalité de la migration illégale. Avec finesse, Frédéric Loore et Damien Perez montrent des hommes qui gèrent un business, illégal mais réglé, et d’autres qui subissent en permanence, sont infériorisés, traités comme du bétail. C’est difficile à supporter pour le lecteur, d’où la nécessaire et efficace trame romanesque. C’est un travail documenté par le journaliste Frédéric Loore et mis en scène par le scénariste Damien Perez. Ils nous font bénéficier d’un long dossier en fin d’album sur les migrations mondiales, les différences entre traite et trafic d’êtres humains. Le trait semi réaliste de Fernando Baldo permet d’ajouter au sentiment de lire un documentaire, avec un choix artistique de travailler en monochrome dégradé de sépia pour les souvenirs, et de gris ou marron pour le présent, à peine cassé par le bleu et rose du fichu des combattantes YPJ que porte Esrin. Une belle et dure histoire.