L'histoire :
De retour dans le village d’été de son enfance, Louis retrouve avec nostalgie les traces de son passé. Il se remémore les journées passées sur la plage, en culotte courte, avec la horde de gamins, à creuser des trous ou à faire voler son avion en carton. Il se souvient aussi des nombreuses surprises d’anniversaire organisées par son oncle, sa tante et son père pour tenter de lui faire oublier le drame survenu le même jour, quelques années plus tôt. Au bout de la falaise qui borde la grande plage se trouve une vieille bâtisse où vivait autrefois une « sorcière » qui parlait aux morts du cimetière. Il se rappelle lui avoir glissé une lettre sur le pare-brise de sa voiture, adressée à sa mère défunte, afin qu’elle lui transmette. Il se revoit également remplir son pistolet à eau avec celui du bénitier. Sa famille passe alors ses journées à la maison, du matin au soir : en terrasse sous le parasol, en slip, à boire du rosé, les pieds dans une bassine d’eau, à s’éventer et à faire des mots croisés. Lorsqu’il apprend qu’ils vont écourter leurs vacances et remonter, Louis décide de braver la tempête pour aller à la rencontre de la sorcière qui parle aux morts.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Cette BD en one-shot est un écrin de douceur et de nostalgie. À travers le crayonné fougueux de Denis Bodart, nous plongeons inévitablement dans nos souvenirs d’enfance. Même sans avoir connu les étés des années 1970, on retrouve ces journées chaudes du mois d’août où tout le monde s’entasse sur la plage. Les enfants creusent des trous pour s’enterrer ou chevauchent leurs vélos dans les ruelles du village ; tandis que les parents, assis en terrasse sirotent du rosé en faisant des mots croisés. C’est un instant suspendu dans l’année, où il est permis de ne pas être apprêté, où les journées ne sont faites que de distractions, sans exigence de productivité, simplement à regarder le temps passer. Les enfants, eux, jouissent d’une certaine liberté, tant qu’ils sont rentrés pour les repas. Les jeux d’ombres et de lumières sont admirables, nous sommes vraiment en pleine période estivale, entre la chaleur écrasante de la journée, à la recherche d’un coin d’ombre, et le crépuscule apaisant où revient la fraîcheur. Mais pour Louis, l’expérience est différente. Solitaire, même lorsque les autres enfants viennent le chercher, il préfère rester seul, à faire voler son avion ou à écrire à sa mère. Zabus parvient à nous plonger au cœur d’un deuil familial avec pudeur et délicatesse. Il suggère, interroge, mais ne dit jamais frontalement, comme si les mots manquaient pour exprimer une telle douleur. Aux côtés de Louis, dans le cocon familial construit autour de ce drame, on tente de comprendre la culpabilité qui le ronge. Seul petit bémol, le récit, assez court, se déploie rapidement, donnant parfois le sentiment que tout s’enchaîne un peu vite, surtout que nous sommes bien aux côtés de Louis et sa famille.