L'histoire :
Pierre traîne dans les rues sa petite dégaine mignonne de punkitos, avec sa coupe blonde en pétard, ses grands yeux, son tee shirt The end et la clope au bec. Il ne fait manifestement pas son âge, il est protégé amoureusement par sa grande sœur Clémence avec laquelle il partage un appartement depuis peu. Car Pierre subit visiblement un fort spleen. Un soir, en pleine nuit, une sorte de créature noire fantomatique lui apparaît, lui proposant de le suivre, pour accomplir certaines missions. Pierre va commencer à partir en vrille, s'éloignant de plus en plus de la vie réelle, un peu à cause de ce fantôme, mais pas que. Ce dernier fera d'ailleurs peut-être parti de sa « guérison ».
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Henri Crabieres réalise des fanzines auto-édités aux Arts-Décoratifs de Paris avant de faire un stage en 2021 au sein du Studio Fidèle où il sera publié, tout comme chez les autres maisons alternatives Misma, Cornelius, Lagon et Yvon Lambert. Son style typique de cette « école », se reconnaît vite, avec ses traits fins et un jeté caractéristique, ne laissant que l'essentiel sur la page. Une grande poésie se dégage cependant de son travail, comme peut-être seuls certains dessins du début du XXe siècle savaient le faire. La tristesse de Pierre, tant dans son fond que sa forme, aurait par ailleurs très bien pu être édité par L'employé du moi, partageant beaucoup ces thématiques. On est happé par la sensibilité se dégageant de cette fratrie esseulée, bravant une bourrasque qui ne dit longtemps pas son nom. La dérive du plus jeune protagoniste est très bien appréhendée et rendue par l'auteur, nous embarquant dans un univers onirique et morbide aux contours flous, tandis que la plus âgée souffre en silence. Lorsque la conclusion approche, les explications viennent, et l'on applaudit le traitement d'un malaise connu par de nombreux humains en ce bas monde. Une fable du réel, puissante et belle.