L'histoire :
Barajas, Espagne, au Foyer Joaquin Garcia Morato. Cet établissement est géré par le parti Phalangiste, le seul dans le pays. Celui du Caudillo Franco, Généralissime et Chef d’État. Comme pas mal de ses copains, cela fait des années que Pablito y a été accueilli. Ici, il y a beaucoup d'orphelins. Il faut dire que la guerre civile a enlevé beaucoup de pères, ce qui est une douce expression quand on évoque les atrocités des fascistes et les persécutions conduisant à des assassinats de masse. Bien sûr, ce n'est pas de cela dont parlent les gosses. Et aujourd'hui, la conversation se centre autour d'un copain de Pablo, qui devrait bientôt sortir du Foyer. Lui, il est entré quand il avait 5 ans. Il n'a plus que sa mère, mais à cette époque elle était tombée malade, une pneumonie. Contagieuse, ses trois enfant ont été placés. On lui a finalement enlevé un poumon et maintenant qu'elle est rétablie, c'est son grand frère qui va venir le chercher. Quelle chance, s'écrient ses copains...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Carlos Gimenez a grandi de 6 à 14 dans des foyers de l'Assistance Éducative, sous l'Espagne de Franco, celle-là même qu'il avait saignée avec l'appui du Führer pour accéder au pouvoir. Carlos Gimenez a d'ailleurs consacré toute sa vie d’artiste à raconter sa propre histoire : son adolescence avec Barrio et ses débuts dans la BD avec Les professionnels. Mais c'est bel et bien Paracuellos qui est au centre de son œuvre. Car le récit embrasse exactement ses 7 années d'internat, ce qui représente 50 ans de création, puisqu'il l'a débuté en 1976 ! On retrouve donc Pablito (son alter ego) et ses copains, qui ont pris quelques années. Les visages sont donc moins enfantins, tous restent des mômes à la veille de devenir de jeunes hommes. Ils sont désormais capables de développer de véritables stratégies pour aller au-delà de conditions de vie épouvantables. Car il ne faut pas perdre de vue qu'en Espagne, dans les années 50, le peuple crève de faim. Franco a rendu son propre pays exsangue. Alors la nourriture qu'on donne à ses gosses misérable mérite à peine d'être qualifiée de comestible. Quant à l'eau... 1 verre par jour. Pour vous donner une idée du cadre de vie. Ajoutez des adultes violents, donc maltraitants, les séparations familiales pour ceux qui ont encore des parents. Et vous avez une idée de ce que lui et ces gosses ont traversé. Heureusement, quelques profs font preuve de gentillesse et surtout, les mômes font leur vie. En un mot qui n'existe pas encore, ils sont résilients. Qu'on ne s'y trompe pas, Paracuellos ne verse pas dans le drama, car les anecdotes de la vie quotidiennes ne font jamais des enfants des victimes larmoyantes, même si les raclées tombent à tout moment. C'est un récit social, mais aussi historique car tout est documenté. Les lieux sont réels, les faits très peu extrapolés. Mais c'est aussi un témoignage historique qui s'inscrit dans un devoir de Mémoire et qui souligne que, trop souvent, les citoyens qui vivent en démocratie oublient que les libertés dont ils bénéficient sont en réalité une chance.