L'histoire :
C’est l’été, sur un bord de mer. Madame cuisine tandis que monsieur fait du vélo d’appartement dans le bungalow. Madame demande à monsieur s’il a amené sa belle-mère face à l’océan, comme elle le voulait. Bien entendu qu'il l'a fait. Mais a-t-il pris soin de vérifier auparavant le coefficient de marée ? Aïe…
En randonnée à la montagne, un père fait découvrir les beautés de la nature à son fiston. Ici, des poils de sangliers accrochés à un tronc d’arbre contre lequel le bestiau s’est sans doute gratté… Là, un isard a perdu sa corne… Ici, des traces de pattes d’hermine ont été figée dans la terre glaise… Là, derrière le buisson, des déjections de renard… Ah non, c’est juste un monsieur accroupi qui fait caca.
Un couple discute dans la cuisine au sujet de l’intelligence artificielle et des angoisses qu’elle suscite. Lui voit les immenses progrès que l’IA va permettre, dans les domaines de la médecine, du monde scientifique… Elle, a très peur que l’IA prenne le pouvoir sur l’humain. Lui, cette idée le fait bien rire. La télé, le frigo, la machine à café et l’Iphone aussi, rigolent aussitôt beaucoup…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
La pratique de l’humour noir est un registre extrêmement difficile. Il faut savoir ne pas dépasser le moment où on devient trop irrévérencieux, ou maladroit, ou infâmant… et en même temps oser aller frayer à la limite de ces franges transgressives. Sinon ça n’est pas drôle ! Pour la seconde fois, dans ce second recueil de gags, Espé s’essaie à l’exercice… et pour la seconde fois, ça n’est pas totalement convaincant. Souvent convenus, ou attendus, voire parfois un peu plats, ses gags ne soulèvent pratiquement jamais le « juste ce qu’il faut » d’indignation cynique nécessaire au rire froid. Dans le fond, Espé malmène les personnes âgées, tourne la mort au dérisoire, maximise l’ingratitude et la cruauté des enfants vis-à-vis de leurs géniteurs (et réciproquement), rend les petites maladresses du quotidien tragiques, appuie là où les angoisses de notre époque font mal (l’IA, le réchauffement climatique, le patriarcat toxique…) ou tape classiquement sous la ceinture. Les ressorts sont les bons, mais l’inspiration n’est pas aussi percutante que celle, par exemple, de maître Franquin avec ses géniales Idées noires. Le dessin semi-réaliste d’Espé, bien en place, garde objectivement la distance pince-sans-rire nécessaire.