L'histoire :
Claudia dirige un petit restaurant gastronomique modeste du Sud-Est de Londres, Alley, qu’elle a ouvert avec l’aide de son amie Lisa, rencontrée durant leurs études. Entre les difficultés financières et l’ombre pesante de son père, chef renommé, les deux femmes s’efforcent de maintenir leur établissement à flot. Elles peuvent compter sur une équipe soudée : un commis maladroit, une serveuse débordée, Ben le barman qui s'éclate entre ses cocktails et son potager et véritable pilier moral, ainsi que Jack, le frère de Lisa, chargé de la comptabilité. Malgré les obstacles, la cuisine de Claudia commence à se faire remarquer. Les critiques sont encourageantes et la presse spécialisée s’intéresse peu à peu à son travail. Jusqu’au jour où, à la fin d’un service, une femme vient à sa rencontre pour l’inciter à participer à un prestigieux concours de chefs professionnel dont elle est membre. Portée par le soutien de son équipe, quitte à ce que chacun y laisse des plumes, Claudia se lance alors dans cette aventure décisive.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Après Blackwater, Katriona Chapman propose ce roman graphique ancré dans le quotidien d’un petit restaurant gastronomique. Une chronique intimiste qui s’attache davantage aux états d’âme qu’aux grands bouleversements. Le récit adopte un rythme volontairement lent, au point de diluer quelque peu les enjeux. Pourtant bien présents sur le fond – pression financière, fatigue, quête de reconnaissance – ils peinent à s’imposer avec force. Chaque petite victoire est aussitôt contrebalancée, donnant l’impression que les personnages avancent sans jamais réellement progresser. Si les événements décrits sont éprouvants, tant physiquement que moralement, la tension peine à se matérialiser. C’est d’autant plus surprenant que le récit n’est pas avare en retournements de situation, certains même inattendus. Mais faute d’une montée en intensité suffisamment marquée, leur impact reste en demi-teinte. Graphiquement, l’album séduit davantage. Les décors et les scènes de cuisine sont particulièrement soignés, portés par un trait doux et chaleureux. Le grain du crayon et les lignes épaisses confèrent à l’ensemble une atmosphère feutrée, presque réconfortante, en contraste avec la dureté du quotidien dépeint. En revanche, les visages apparaissent parfois plus hésitants, avec des expressions moins maîtrisées. Reste que l’épuisement des personnages, lui, est bien retranscrit. On ressent la fatigue qui s’accumule, l’usure progressive, même si elle ne se traduit pas toujours par une véritable tension narrative.