L'histoire :
Dans les années 1920, après avoir tué l’assassin de son père, le jeune homme corse Ange s’est exilé en Indochine pour se faire oublier. Il est alors entré au service de Philippe Maurizi, officiellement exportateur d’hévéa… mais en réalité trafiquant d’opium et proxénète. Aux côtés de deux autres hommes de main, Dumé et Pétru, il se révèle rapidement une recrue très efficace pour assurer le trafic de Maurizi, qui le considère comme son fils. Ange comprend vite, parle peu et il n’a pas peur de jouer du couteau. Or ce jour-là, les trois compères sont convoqués par le patron énervé. Et pour cause : leur plus gros client a refusé la dernière livraison car ils ont confondu le chandoo et l’opium brut. Ange comprend alors qu’il a encore beaucoup à apprendre. Mais pour l’heure, il vient en aide à Maï, la jeune indochinoise dont il est épris et qui travaille à la manufacture de Grangier. Il l’exfiltre de force et tous deux partent se cacher quelques heures dans la fumerie clandestine tenue par Faydang, le frère de Maï. La nuit suivante, Maï et Ange descendent le fleuve rouge à bord d’une barque, vers un camp bien caché dans la mangrove. C’est à cet endroit que des indigènes amis de Faydang produisent l’opium. Ange va devoir se faire accepter pour tout apprendre des procédés de fabrication de cette drogue très lucrative…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Du trafic d’opium dans les années 1920 du Sud-Est asiatique, on retient surtout des images clichés devenues cultes du Lotus bleu – ou les descriptions de Marguerite Dumas dans l’Amant. A travers cette série au long cours – 6 tomes sont programmés – éditée par la maison Futuropolis d’ordinaire plus encline à proposer des romans graphiques en one-shot, le scénariste Loulou Dedola fait un formidable boulot d’immersion historique et culturelle. Habité par les témoignages authentiques d’anciennes amitiés du Sud-Est asiatique, il semble avoir authentiquement vécu il y a 100 ans au sein de la pègre d’Hanoï et tout connaître des procédés indigènes et artisanaux de fabrication de l’opium. Etant donné qu’il a confié le dessin de cette fresque à l’italien Luca Ferrara, à la griffe minutieuse et documentée, le résultat est patent. On lit donc en cinémascope ce thriller mafieux du temps de l’âge d’or de la mafia américano-italo-sicilienne, mais ici corse et indochinoise. Le personnage de Ange, fier et fervent, est aussi incarné que ceux de son entourage, européens ou indigènes, avec lesquels il travaille ou auxquels il doit nuire. Un contexte subtil et dramaturgique, une époque cruelle et cynique, magnifiés par un grand souffle épique et géopolitique, à laquelle on peut juste reprocher un léger hermétisme narratif.
