L'histoire :
En avril 2023, la tante Annick de Frédéric Bihel décède d’un cancer. Quelques jours avant, sur son lit de mort, elle transmet à son neveu les derniers vestiges de son père, Léon Bihel – donc grand-père de Frédéric Bihel. Auparavant, Frédéric avait déjà hérité de sa montre, de ses livres… Mais cette fois, la transmission est assurément plus précieuse : il s’agit des mémoires écrites de Léon. Car Léon a passé une vie de voyages maritimes, en tant que « maître principal timonier », jusqu’à finir commandant de l’Alidade, un navire affecté à des missions hydrographiques. Léon a par exemple ainsi cartographié les fonds marins de la Manche et de la Mer du Nord. Or durant ses périples en mer, il a toujours beaucoup écrit… à l’intention, peut-être, un jour, de sa lointain descendance. Dont acte. Frédéric récupère deux boîtes en carton, remplies de carnets, de feuilles, de papiers officiels, d’articles, de photos. Frédéric met quelques mois à se décider à partir à l’exploration de ces mémoires. Il s’investit alors, en essayant de remettre les choses dans la juste chronologie. Tout commence par un album souvenir daté de février 1933, à l’époque où Léon était à l’école des apprentis-marins. Léon a alors servi sur le vaisseau-école l’Armorique, d’avril 1932 à avril 1933…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Ce petit bouquin carré n’est pas précisément une bande dessinée, dans le sens où il n’y a ni dialogues, ni construction séquentielle. L’auteur de BD Frédéric Bihel rend en réalité hommage à la vie maritime et autobiographique de son propre grand-père, Léon Bihel, qui a fait carrière en tant que commandant de marine civile au milieu du XXe siècle. Il illustre ainsi, tout en les retraçant dans un ordre chronologique, les carnets manuscrits et documents officiels que lui a légués sa tante à sa mort. Evidemment, être marin à la fin des années 1930, cela promet bien des angoisses : Léon a été trimballé sans ménagement par la seconde guerre mondiale et la guerre d’Indochine. Bien qu’il ne fut pas militaire de carrière, il a été logiquement mobilisé au sein de la marine française. Il a ainsi été interné dans des camps, il a été torpillé (sur le Maillé-Brézé en avril 1940), il a vécu au plus proche des exactions, subissant les décisions d’ordures humaines aux côtés de compagnons patriotes. Léon a tout consigné par écrit, avec une aisance littéraire. Il a aussi dessiné parfois (avec un assez bon coup de crayon !) et conservé les documents officiels. Son petit-fils mène ainsi l’enquête et la rédige en manuscrit, illustrant à chaque page ce qu’il découvre comme autant d’éléments factuels étayant la tumultueuse vie de cet ancêtre. Seules 12 pages de récit (juin 1944) sont fidèlement reproduites à la fin du livre « à la machine à écrire ». Son dessin aux crayons gris et bleus et aux fusains est comme toujours très élégant.