L'histoire :
En Octobre 1966 dans la petite ville Lorraine de Villerupt, le comité des fêtes veut organiser un évènement pour les jeunes. Il ambitionne de faire venir Johnny Hallyday, même si la jeunesse de l'époque le considère comme une sorte de yéyé dépassé par la déferlante de musique américaine. Baru sera dans la salle ce soir-là. Ce n'est pas Johnny qui se présente mais un trio américain avec son guitariste virtuose qui va le laisser sans voix. Une révélation totale et un souvenir incroyable, car il s'agissait de Jimi Hendrix en personne. Lorsqu'il le raconte à ses neveux, il sent bien que l'émotion ne les atteint pas. Mais la vie du jeune garçon qui va devenir auteur de BD sera marquée à jamais par ce premier souvenir, et d'autres expériences vécues, dont une perte de connaissance sous substance – la dernière fois qu'il en consommera – lors du concert de l'île de Wight. Les amis de sa génération ont également des expériences marquantes à partager sur ces années d'émancipation musicale : la rivalité entre les rockers et les mods (qui étaient notamment fans des Who), la découverte des Rolling Stones. Des chroniques vécues aux endroits les plus improbables, une mémoire de boomer bien plus riche qu'on ne le dit.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
L'auteur des magnifiques albums sur sa double culture franco-italienne, sur les enjeux sociaux des villes désindustrialisées, sur l'enfance en Lorraine, change de cap avec un nouveau recueil de souvenirs. Il plonge dans sa jeunesse avec fierté et tendresse, et met en scène des conversations avec des amis de son âge, tous nés dans les années 1950. Le sous-titre de ce premier tome – salauds de baby-boomers – est un clin d'oeil amusé et assumé au bashing qui entoure cette génération qui a vécu des années privilégiées, avec une insouciance aujourd'hui jugée coupable. Baru ne cherche pas à justifier quoi que ce soit, il dépeint une génération innocente et rebelle qui a eu la chance de voir la société se transformer dans un sens qu'elle aimait. Les petits récits qui composent ce livre sont glanés auprès d'amis ou d'auteurs à qui il a emprunté un bout de leur mémoire pour le mettre en récit. Beaucoup de rencontres improbables qui parleront évidemment à ceux qui connaissent les grands noms de la musique des années 1960 et 1970. Une belle alternance de pages en couleur et en noir et blanc, avec la fluidité incroyable de ce très grand dessinateur, autodidacte qui n'a fait qu'approfondir son style absolument unique, très en avance sur son temps, immédiatement reconnaissable. On lit ce livre avec le sourire aux lèvres. Il y a toujours dans les pages de Baru cette nostalgie et cette humanité sans emphase qui donne à son travail une dimension littéraire unique. L'auteur, en tout cas, ne compte visiblement pas se reposer sur ses lauriers. Il prépare de nouveaux souvenirs Rock'n'Roll qui raviront en particulier ceux qui le suivent depuis le début de sa carrière, et ont donc l'âge nécessaire pour en comprendre toutes les références. Les plus jeunes découvriront probablement que les boomers ont été bien plus agités qu'ils ne le pensaient.