L'histoire :
En 1965, Dani prépare son départ en faisant sa valise, glissant ses vêtements et une carte de Leipzig. Sa mère entre dans la chambre et Dani lui promet de revenir après ses études, convaincue qu’elle deviendra une grande pianiste. Son père surgit alors, furieux : Dani aurait imité sa signature pour obtenir une autorisation de sortie du territoire. Il lui interdit de partir, affirmant qu’elle lui appartient et que la famille doit rester unie. Dani bascule dans un univers onirique où elle voit Claude Debussy jouer du piano. Elle se retrouve à ses côtés, joue avec lui, puis chute. Tout cela n'était qu'un mauvais rêve... Elle se réveille ensuite à l’hôpital. Une musicothérapeute, Ruth, lui propose un accompagnement par la musique. En diffusant Rêverie de Debussy, elle constate une amélioration rapide de l’état de Dani : la fièvre baisse, les ganglions diminuent, sans traitement. Le médecin, surpris, s’intéresse aux travaux et séminaires suivis par Ruth. Trois mois plus tard, Dani est installée à Leipzig. Le froid, l’hiver rigoureux et l’apprentissage de l’allemand rendent son quotidien difficile. Les habitants se montrent bienveillants et l’aident à progresser, tandis que sa professeure du conservatoire est exigeante mais attentive. Fragilisée par le stress, Dani est brièvement hospitalisée pour une migraine et une angine aiguë, avant de retrouver des forces. Elle partage sa chambre avec Chanti, venue d’Indonésie, et reçoit la visite d’amis. Ruth l’encourage à s’entourer de musique et à persévérer.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Le Piano de Leipzig est une bande dessinée profondément émouvante, qui raconte bien plus qu’un parcours artistique : c’est l’histoire intime d’un déracinement, d’une conscience politique en construction et d’une quête de liberté. Originaire du Cambodge, Dani quitte son pays grâce à une bourse qui lui ouvre les portes du prestigieux conservatoire de Leipzig, en RDA. Son rêve de devenir pianiste semble enfin à portée de main, tandis que son fiancé s’exile aux États-Unis, de l’autre côté du rideau de fer. Entre ces deux mondes, Dani avance seule, portée par la musique. L’album frappe par sa capacité à montrer l’envers du décor idéologique. Dani ne se reconnaît pas dans le camp américain, pays qui bombarde le sien, et adhère alors, avec naïveté et conviction, au discours des Khmers rouges et de la RDA. Sans jamais juger son personnage, le récit montre combien les certitudes politiques sont souvent une affaire de point de vue, de contexte et de manque d’informations. Cette complexité donne toute sa profondeur au livre. Les thèmes abordés sont nombreux et puissants : l’absence et la violence du père, la maternité, la transmission, la liberté des femmes, le poids des héritages et la solitude de l’exil. La figure paternelle traverse l’album comme une blessure ouverte, en écho à celle que Dani reproduira malgré elle en élevant seule sa fille. La musique, omniprésente, agit comme un langage universel, un refuge face à la brutalité du réel... rappelant par moments Le Pianiste de Polanski. Découpé en huit chapitres correspondant chacun à une année, l’album est enrichi d’encadrés historiques éclairant la guerre froide, la RDA, le mur de Berlin, les Khmers rouges ou encore la propagande. Ce dispositif renforce l’ancrage documentaire sans jamais étouffer l’émotion. Le dessin de Tian, volontairement simple et expressif, soutenu par des couleurs vibrantes, traduit avec justesse la douleur, l’isolement et les espoirs de Dani. Après L’Année du lièvre, Tian confirme ici son talent pour transformer l’histoire personnelle et familiale en un récit universel, poignant et nécessaire.