L'histoire :
Vincent est un auteur parisien, père d’une jeune ado et divorcé. Vivant sur les maigres revenus de son précédent livre, il cherche tant bien que mal à mettre la main sur son précieux à-valoir de son prochain roman. Malheureusement pour lui, une critique assassine de son dernier ouvrage réalisé par un certain Thibaut Lopez, sape progressivement sa confiance. Et ce ne sont pas ses échanges avec sa fille, sa relation complexe avec sa nouvelle compagne et ses prises de tête constantes avec la notion même de critique qui vont arranger les choses. Alors qu’il multiplie les appels à son agent littéraire, Vincent passe plus de temps à se perdre en réflexions et en attitudes malsaines et gênantes, qu’a réellement se plonger dans l’écriture. Le romancier en vient à suivre le critique Lopez dans la rue, mais aussi à croire en un complot avec un nouveau protagoniste qui, lui aussi, aurait été jugé durement par Lopez. Comme si la situation n’était pas encore suffisamment complexe pour Vincent, le corps de Thibaut Lopez est repêché dans la Seine. Se pourrait-il que Vincent l’ait assassiné pour empêcher une autre critique salée ? Que s’est-il passé cette fameuse nuit ? Vincent était-il non seulement sur place ou croit-il égoïstement être le seul protagoniste dans cette affaire ?
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Marie Baudet signe ici en autrice complet un thriller psychologique pas dénué d’humour et de réflexion qui touche sa cible en plein milieu. En suivant les pérégrinations égocentrées de Vincent, auteur perdu dans ses pensées, le récit emprunte à plusieurs genres sans perdre de vue la direction principale de son récit : l’impact de la critique sur une œuvre. En ponctuant le récit avec les réflexions de Vincent sur le principe même de la critique et de son impact sur les foules et les artistes, l’autrice touche du doigt un aspect essentiel de l’art : le regard d’autrui et le travail fait en amont pour plaire aux masses. En suivant Vincent et son histoire, nous suivons un homme qui n’écrit pas tant pour lui que pour protéger son ego. En refusant la critique de Thibaut Lopez et en s’engageant dans une croisade paranoïde, le protagoniste de Criticopolis devient l’avatar de ce que l’art ne devrait pas être : quelque chose d’impersonnel destiné à plaire au plus grand nombre. L’art doit avant tout plaire à son créateur. Graphiquement, Baudet exécute une pirouette graphique impressionnante mais, au départ, déstabilisante en n’offrant à aucun de ses personnages de visages. Les acteurs de cette comédie humaine à ciel ouvert sont autant d'avatars remplaçables que de silhouettes désincarnées qui, en pensant être uniques, finissent par tous se ressembler. Cette vue d’ensemble fait passer Criticopolis pour une œuvre sombre et désespérée, mais il n’en est rien. Cette BD est aussi une très bonne tranche de vie comique où les réactions démesurées des personnages terminent de mettre en avant leur personnalité. En somme, une excellente surprise !