L'histoire :
A Calcutta, en 1756, la rivalité entre les compagnies commerciales anglaise, hollandaise et française bat son plein, tandis que l'autorité est encore officiellement détenue par le Nawab du Bengale. Autour de la table d'un repas officiel, Thomas Earle l'anglais s'impatiente, tandis que le gouverneur français Renaud de St Germain montre son sens diplomatique. Un homme les observe en silence, le visage caché derrière un masque de fer. Aymond de Terre Noire est officiellement un scientifique venu étudier les plantes médicinales. En réalité, il est espion du roi, et son visage est dissimulé pour une raison qui ne peut que rester secrète : lors d'une expérience menée quelques années plus tôt, il est devenu un homme invisible. Un atout formidable pour son rôle d'espion, une malédiction pour sa vie d'homme. Aymond sait que Earle est lui aussi en mission secrète et qu'il cherche à provoquer un conflit ouvert qui serait initié par la France. Il faut donc l'éliminer. Mais la première tentative de Terre Noire échouera. Lorsque les soldats indiens vont décider d'attaquer et de détruire Fort William, le prétexte que cherchent les anglais semble tout trouvé. Cette première étape à moitié réussie va se poursuivre sur le continent européen...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Voici venu un nouveau personnage mystérieux dans un contexte comme Stephen Desberg les aime : de l'aventure, de la magie, de jolies femmes, pour construire une intrigue d'espionnage doublée des états d'âme d'un homme qui regrette d'être devenu Invisible. Dans ce premier épisode, qui aurait jadis fait l'objet de deux albums (les temps changent, mon bon monsieur), on découvre le personnage et plusieurs missions qui ont une vraie cohérence entre elles, sur fond de rivalités entre puissances européennes. On est à la veille de la guerre de sept ans, souvent qualifiée de premier conflit mondial ; les alliances se construisent et Terre Noire ne va pas tarder à rencontrer un grand nom de cette époque. Le ton général est sobre et plutôt froid. Les auteurs mettent en scène un héros endurci malgré ses faiblesses et n'appuient pas particulièrement le contexte historique. Au dessin, Henri Reculé continue de faire évoluer son style. On s'approche ici d'une ambiance comics avec des silhouettes tranchées, des traits secs, des couleurs marquées et des jeux d'ombre à la Tim Sale. C'est très efficace et parfois carrément beau. En tout cas, c'est en ligne avec l'ambiance générale, l'économie de dialogues, les scènes choc marquantes qui rythment la lecture. Paradoxalement il faut prendre le temps d'une certaine lenteur pour se plonger dans l'ambiance que les auteurs ont visiblement souhaitée, et ne pas avoir la sensation d'un manque de profondeur. Un premier tome agréable par un duo d'auteurs qui se connaissent très bien et s'appuient sur leurs talents respectifs.