L'histoire :
Le 30 janvier 1933, après que son parti a remporté les législatives, Adolf Hitler est nommé chancelier du Reich par le président allemand Hindenburg. La foule l’acclame avec des drapeaux nazis lorsqu’il parade au balcon de la chancellerie. Il évoque rapidement avec son adjoint Joseph Goebbels la stratégie politique à appliquer face à Staline, à la tête de la puissance soviétique. Au cours de la campagne, ce dernier n’a pas pris parti contre Hitler, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il le soutient. De toute façon, pour Hitler, les bolchéviks et les socio-démocrates allemands sont tous des juifs ou des enjuivés… les premiers sur sa liste de populations à éliminer. Si ça se trouve, Staline lui-même est juif. De son côté, Staline réunit son « gang » au Kremlin. Parmi eux, se trouvent les fidèles de la révolution, le général Kliment Vorochilov, Lazare Kaganovitch, Kalinine, mais aussi le fidèle Molotov, l’arménien Mikoyan, Nikita Krouchtchev et le cruel tchékiste Lavrenti Beria. Outre la question de la répression des koulaks en Ukraine, Staline évoque ses relations avec le nouveau chancelier allemand. Il a conscience que ceux qui veulent abattre le régime soviétique sont les capitalistes américains, anglais, français… et que les ennemis de ses ennemis sont ses amis. Molotov lui rappelle toutefois que dans My Kampf, Hitler prédit : « Le moment d’écraser la terreur communiste est pour bientôt ».
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Hitler et Staline trônent au sommet de l’échelle de la monstruosité humaine. Arrivés chacun au pouvoir dans les années 1920-1930 et la montée des nationalismes, les deux tyrans se sont d’abord toisés, puis alliés, avant de se trahir et se combattre. C’est l’histoire de ce choc, un télescopage d’une violence inouïe, que le scénariste français Michaël Prazan et le dessinateur brésilien Gabriel Andrade nous proposent de raconter en un docu-fiction de 3 tomes chez Glénat. S‘appuyant sur une lourde masse documentaire, Prazan met en scène de manière quasi factuelle, la plus probable possible, les basses manœuvres politiques et les discussions de palais, en ping-pong : aux immersions côté Staline, s’alternent les immersions côté Hitler. Prazan décrit ainsi la haine viscérale opposant les deux monstres, qui commencent néanmoins par nouer une alliance de circonstance, le fumeux « pacte germano-soviétique ». Signé le 23 août 1939 à Moscou, celui-ci est surtout un pacte de non-agression et il prévoit globalement des sphères d’influence à respecter. Il est rompu sans avertissement moins de deux ans plus tard, le 22 juin 1941, lors de la vaste opération Barbarossa, c’est-à-dire l’invasion de l’URSS par les armées du IIIe Reich. Etouffé par la rigueur documentaire et la quantité d’exactions et de décisions à faire figurer, la narration de ce premier tome manque clairement de souffle. C’est très froid et « distant ». D’un autre côté, conserver de la distance avec des monstres relève de la salubrité. Il en va de même pour le dessin pointu d’Andrade : hyper précis, avec des portraits très réussis, des décors et mouvements de troupe soignés, une colorisation en aplats dans des teintes ocres, sépia et délavées… Bref, une atmosphère qui nous fait ressentir l’odeur âcre des archives jaunies et poussiéreuses.