L'histoire :
La famille Scott est surprise par l’arrivée de jumelles. Très vite, une différence apparaît entre les deux fillettes. Judith ne parle pas, ne lit pas et n’écrit pas. Elle est trisomique. Son père tient malgré tout à la scolariser. Il veut qu’elle soit considérée comme une personne à part entière. Mais l’école n’est pas faite pour elle. Rester des heures assise, suivre les exercices… tout cela lui est impossible, surtout qu'elle ne sait ni lire, ni écrire, ni parler. Sa mère refuse de rester à la maison avec une enfant qui ne correspond pas à l’idée qu’elle se fait de la normalité. Judith est alors placée dans une institution spécialisée et devient pupille de la nation. Là-bas, peu importe la pathologie, le traitement est le même pour tous : des calmants et une discipline brutale. Incomprise, elle est humiliée, violentée, enfermée... On ira même jusqu’à lui arracher les dents pour l’empêcher de mordre. 36 ans plus tard, contre l’avis des médecins, Judith rejoint enfin sa sœur jumelle en Californie. Sa vie bascule. Dans un centre artistique ouvert aux personnes en situation de handicap, chacun est invité à explorer un médium. Un médecin identifie enfin sa surdité et sa trisomie 21. Judith trouve alors sa voie. Elle crée, invente son propre langage artistique et s’épanouit dans la réalisation de sculptures textiles uniques et singulières.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Artiste américaine trisomique décédée en 2005, Judith Scott créait des sculptures à partir de tout ce qui lui tombait sous la main : roues de vélo, chaussures, trousseaux de clés, fibres de vêtements… Elle assemblait ces objets hétéroclites puis les enveloppait de fils, de laine et de cordelettes jusqu’à leur donner une forme nouvelle, mystérieuse et profondément sensible. L’artiste explorait ainsi un rapport singulier au textile et à la matière. Ce qui l’animait avant tout, c’était l’acte de créer, loin de toute considération marchande. Ce sont d’autres qui, plus tard, décideront de faire entrer son travail dans des expositions puis dans les collections d’art brut. Ce besoin de créer semblait l’habiter depuis l’enfance. Tout devenait prétexte à ramasser, arracher, assembler et transformer des papiers et objets abandonnés. Pourtant, cette liberté artistique, Judith mettra longtemps à l’obtenir. Avant cela, il y aura des années de violences et d’institutions où l’incompréhension dominait. « On est proche de la torture tant physique que psychologique » (p. 88). Cette partie du récit est essentielle pour comprendre comment le handicap mental était alors traité, notamment aux USA. Cependant, l’amour et l’ouverture d’esprit de sa sœur ont tout changé. La rencontre avec une école d’art ouverte aux personnes en situation de handicap s'est révélé un tournant. Un lieu où chacun peut enfin s’exprimer dans sa différence. On découvre alors une artiste restée longtemps dans l’ombre, mais qui a pourtant laissé une trace durable dans l’Histoire de l’art brut. Côté dessin, le trait peut paraître abrupt. Les couleurs restent dans une palette pâle et volontairement terne, évoquant à la fois le passé et une forme de normalité sans éclat. L'essentiel est ailleurs, dans le récit et dans l’envie qu’il suscite de découvrir le travail de l’artiste et d’explorer sa propre créativité singulière.