L'histoire :
Alex Jordanov arrive à L.A. avec un mélange rare : une tête de matheux et l’entêtement de ceux qui veulent fabriquer quelque chose. Il rencontre Tracy Marrow, futur Ice-T, qui cherche encore sa trajectoire, mais a déjà la voix et la rage. Très vite, une idée folle prend forme : créer un club hip-hop quand la West Coast n’a pas encore son QG. Pour passer du rêve au réel, ils s’adossent à K.K., musicien roué, précieux pour comprendre la scène, les codes et le business. Local, sono, sécurité, programmation : tout se monte dans l’urgence, au bluff, à la débrouille. Puis The Radio attire du monde – trop, parfois : la rue, les gangs, les curieux, et même Hollywood. Et quand la fête devient « phénomène », la pression monte : rivalités, menaces, et une question centrale s’impose : jusqu’où peut-on rester libre quand tout le monde veut sa part ?
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
On pourrait croire à une « success story » musicale. Radio Club préfère le terrain : celui du lieu qu’on construit, qu’on défend, qu’on tient debout soir après soir. Le scénario joue la progression par paliers du premier soir et la peur du fiasco jusqu'au succès et son lot d'ennuis. C’est précisément cette structure « chronique » qui sonne juste. Le thème central, c’est l’artisanat : pas seulement celui de la musique, mais celui de la scène. Avant l’industrie, il y a les câbles qui lâchent, la porte qui filtre, la sono qu’on sauve au dernier moment, les alliances qu’on accepte, faute de mieux. Le hip-hop est montré comme une énergie brute, collective, encore fragile, pas comme un label. Le trio donne du relief : Alex apporte l’architecture (vision, organisation, calcul), Ice-T l’incandescence (la scène, le verbe, l’instinct), et K.K. la charnière (l’expérience, les codes, les compromis nécessaires). Et c’est là que l’album trouve son sens : plus The Radio gagne en visibilité, plus il devient poreux à ce qui le menace. On lit alors une histoire de naissance… doublée d’une mise en garde : la contre-culture ne « grandit » pas sans perdre quelque chose au passage. Graphiquement, l’album va à l’essentiel : un trait lisible, nerveux quand il faut, avec une mise en scène qui suit le rythme des nuits. Le club est rendu comme un organisme : foule compacte, chaleur, regards, tension dans les couloirs – on sent la promiscuité et la possibilité du dérapage à chaque page. La coloration installe une atmosphère urbaine nocturne avec des teintes chaudes et sales et des contrastes qui font exister la ville autant que la scène. Pas de nostalgie « poster » : plutôt une sensation de réel, de sueur, de danger doux-amer. Bref : un écrin crédible pour raconter un hip-hop encore à l’état d’étincelle avant le mythe.