L'histoire :
C’était il y a longtemps, en 1741. Elle n’était qu’une disetteuse qui s’était enfuie de son orphelinat. Elle ne vivait plus que de rapine pour survivre. Ce jour là, elle avait volé quelqu’un de plus habile qu’elle et il avait fini par la retrouver. Il semblait être un gentilhomme et il s’intéressait à sa misérable personne. Françoise pleurait car elle craignait par dessus tout retourner à l’orphelinat. Est-ce son médaillon ou est-ce parce qu’il l’avait prise en pitié ? Toujours est-il qu’il l’avait gardée chez lui, avec la jeune Louise jusqu’à ce jour funeste. Aujourd’hui, elle prépare sa vengeance et s’entraîne à nouveau avec le bel Abel. Elle est gagnée par la rage et elle ne retient pas ses coups. Abel est surpris et il perd devant sa botte. Salgari rappelle à son élève qu’il ne pourra vaincre s’il laisse son adversaire tenter sa parade préférée. Il est également surpris devant l’entrain de « François ». Celui-ci ne masque pas sa colère : Abel lui a menti en cachant ses origines nobles alors même que François n’a cessé de vilipender les bourgeois. Abel tente de se défendre et explique qu’il a dû quitter le logis car son père, versé dans les livres, déteste l’idée qu’il veuille se battre. C’est en pensant à son oncle Guillaume qu’il a décidé d’apprendre le noble art de l’escrime. Cette réponse rend Françoise encore plus en colère et elle déclare désormais qu’elle ne s’entraînera plus avec Abel. Son maître d’armes lui explique que Guillaume n’est autre que celui qui a tué son père…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Tout démarre avec une nouvelle surprise, car Trif n’en est pas à son coup d’essai en matière de rebondissements. Celui-là a son importance et concerne l’identité de Françoise. Décidément, ce personnage a tout d’un personnage de Beaumarchais, avec une identité trouble, un jeu de cache-cache sur sa sexualité et une amoureuse qui refuse de l’être. Les emprunts à la littérature sont nombreux et c’est ensuite un Choderlos de Laclos qui nous attend avec des échanges épistolaires et un jeu de séduction complexe et sulfureux. Cependant, on finit inexorablement par une tragédie à la Shakespeare, comprenant lentement et avec horreur le destin terrible qui frappe les personnages. Tout est raconté de façon très délicate, bien plus fine encore que l’acier des plus talentueuses des lames… Chaque personnage est également criant de vie et de profondeur, chacun apportant une complexité à l’ensemble dans un jeu de faux-semblants cruel et destructeur. On se régale également de l’élégance du dessin de Trif et de la douceur des couleurs de Celestini. Le duo a déjà fait ses épreuves et parvient à camper une époque historique avec talent. La longue joute d’armes n’est qu’une preuve de plus de leur maestria graphique. On abat les masques dans cet opus et on a hâte de voir la rage qui va exploser de ce dévoilement.