L'histoire :
« Derrière toute chose, il existe un piège… C’est la seule certitude, la seule loi de cette ville... le piège ! » Jean est un quadra travaillant comme graphiste dans une agence parisienne. Il sort avec Jeannine qui l’appelle chaque soir à 18h, pour le retrouver et décider de ce qu’ils vont faire. Ce soir d’hiver neigeux, tous deux sortent danser après avoir bu un verre dans leur bar habituel. Puis ils se séparent énervés, lui en ayant marre de la routine, elle ne le supportant plus, apparemment. N’étant pas loin de son appartement, Jean décide de rentrer à pied, convaincu que la marche lui fera passer un peu l’alcool ingéré. Cependant, au fur et à mesure qu’il avance dans les rues pourtant familières, il remarque un décor changeant, devenant plus sombre et inhabituel. Les boutiques sont presque toutes défoncées et vides. Fatigué, vérifiant l’heure, il se rend compte qu’il est 9h30 du matin, tandis que le soleil ne s’est toujours pas levé. Il se met à courir, paniqué. Il tombe nez à nez avec un véhicule de sport ultra équipé et armé d’une mitrailleuse en tourelle, manœuvrée par un homme casqué, ouvrant sans sommation le feu sur lui. Jean, en passe d’être assassiné, ne doit sa vie qu’à l’intervention d’une jeune femme, armée elle aussi. Tous deux s’enfuient, trouvant refuge chez elle. Karen explique à Jean le pourquoi de ce scénario improbable. Comme eux, des centaines d’autres, appelés les « naufragés », sont apparus sans raison dans cette ville labyrinthique, dont une partie est toujours cachée du soleil. Ils ne vont avoir de cesse de trouver une issue pour revenir chez eux…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Ce récit est apparu en 1982 dans le numéro 7 de cette 8e année de la revue Italienne Lanciostory, publiant beaucoup d'auteurs argentins. Il comptera 10 épisodes, jusqu'au numéro 30. Ricardo Barreiro est connu des anciens lecteurs français, puisqu'il a été édité dès 1979 dans la revue Spatial de Michel Deligne, mais il a surtout marqué les esprits avec ses albums Glénat l’Étoile noire, avec Juan Gimenez (1981), que l'on peut considérer comme la deuxième œuvre l'ayant révélé, après L'As de pique (1975) récits de guerre non publiés en France. Suivront le Pêcheur de Brooklyn, avec Pepe Moreno (1984), et La fille de Wolfland avec Franco Saudelli (Dargaud 1985). On ne présente plus, par contre, Juan Antonio Gimenez Lopez, dont les récits de science-fiction telles Mutante, Gangrène, le Quatrième pouvoir, mais surtout son passage remarqué sur La Caste des Métas Barons (1992-2003) ont scellé son statut de dessinateur culte. Reconnu pour un style mettant en avant les machines, turbines, vaisseaux, cuirassés, qu’il a peaufiné lors de ses études de dessin technique, relevé par une colorisation bien personnelle et reconnaissable immédiatement, il surprend dans cette œuvre de jeunesse, dont le trait noir et blanc est la norme, encore mis en valeur exclusivement par un système de hachures « à la Moebius » ou Caza, de l'époque fin 1970. La trame scénaristique est bonne, l'idée peu souvent vue. Et si les premiers chapitres pourront évoquer le Survivant, de James Herbert, son étrangeté prédominante pourra aussi évoquer Yann le migrateur de Robert Génin et Claude Lacroix, tout en notant l’hommage intelligent et bienvenu au héros l’Eternaute de Héctor Oesterheld. Une anticipation délicieuse, nous emportant avec elle dans un labyrinthe de questions sans réponses, mêlée à un dessin de qualité, dont le charme suranné demeure opérant. Bingo !
