L'histoire :
Attablé devant un micro, avec un café en main, un mystérieux speaker propose de raconter l’histoire du gang de lyonnais, un groupe de gangsters qui a pillé des banques au tout début des années 1970. Ainsi le 30 juin 1971, ils sont quatre à se pointer en tenues de travailleurs à l’Hôtel des postes, avenue de la Marseillaise à Strasbourg. Surpris par la présence de gendarmes, ils attendent que ces derniers partent, pour braquer des convoyeurs de fonds. En 5 minutes, sans heurt ni violence, ils récupèrent le chariot roulant et ses sacs bourrés de billets. Il y en a pour plus d’un milliard d’anciens francs. Ils ne laissent aucun indice sur place, quittent les lieux sans précipitation, à bord d’une camionnette WV qui n’attire aucune suspicion et s’évanouissent dans la nature. Pour comprendre l’origine et l’organisation de ce gang de braqueurs professionnels, il faut s’intéresser au parcours de l’un de ses membres fondateurs, Edmon Vidal, surnommé Momon. Né au sein d’une famille pauvre, il galère enfant et fait ses classes aux côtés de ferrailleurs, gitans, immigrés arméniens… Il joue souvent du poing et devient un « blouson noir ». Il se range finalement des bagarres et trouve un job normal, avant de vriller un beau jour en piquant une bête caisse de cerises livrée et posée devant une épicerie. Il est repéré par un voisin, dénoncé, retrouvé, arrêté et incarcéré… Un mois de prison ferme, plus 15 jours de sursis pour ses bagarres passées. C’est en taule qu’il se fait de nouveaux amis…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Fabrice Linck, écrivain et scénariste spécialiste de polars et d’authentiques affaires criminelles, nous raconte classiquement l’histoire du Gang des lyonnais à la manière des « Hondelatte raconte ». Un mystérieux narrateur, dont on ne verra jamais le visage, devant un micro old school, sert de prétexte à un long récitatif illustré factuellement par les crayons de David Soyeur – et la colorisation en bichromie grise-rouge de Giulia Priori. Notons que l‘histoire de ce célèbre gang a déjà fait l’objet d’un film, par Olivier Marchal (Les lyonnais, 2011, avec Gérard Lanvin). Leurs nombreux braquages se sont déroulés dans le centre-Est de la France (Lyon, Clermont Ferrand, St Etienne… d’où leur surnom des « lyonnais ») et ils sont ici mis en scène sous l’angle le plus proche de la réalité. Au fil du récit, les biographies des authentiques membres sont progressivement présentées. Aux scènes de braquages, s’intercalent les séjours en prison, les élaborations de plans, les arrestations… et régulièrement le narrateur montre son dos et son micro dans l’ambiance feutrée d’un cabinet policier. La contrepartie de cette approche factuelle et documentée, est que c’est aussi très répétitif et dénué de vrai souffle épique. Cela dit, on n’en voudra pas au scénariste de réussir à ne pas rendre les protagonistes criminels attachants. Le dessin semi-réaliste encré, relativement académique, fait le job et s’inscrit dans un moyen format, façon comics à couverture cartonnée. Un dossier final porte le focus sur les différents véhicules employés.