parution 23 mai 2013  éditeur L'employé du moi  Public ado / adulte  Thème Chronique sociale, Roman graphique

Dérive orientale

1937. Deux journalistes se rendent à Istanbul pour réaliser un reportage illustré sur la capitale aux trois noms, frontière mouvante entre Asie et Europe... Un songe hypnotique pour un voyage aux confins de l'exotisme, du rêve et de l'histoire.


Dérive orientale, bd chez L'employé du moi de Locard
  • Notre note Yellow Star Yellow Star Grey Star Grey Star

    CHEF D'ŒUVRE   Green Star Green Star Green Star Green Star

    TRÈS BON   Green Star Green Star Green Star Dark Star

    BON   Green Star Green Star Dark Star Dark Star

    BOF. MOYEN   Green Star Dark Star Dark Star Dark Star

    BIDE   Dark Star Dark Star Dark Star Dark Star

  • Scénario Yellow Star Yellow Star Grey Star Grey Star

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  • dessin Yellow Star Yellow Star Grey Star Grey Star

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©L'employé du moi édition 2013

L'histoire :

Printemps 1937. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Empire Ottoman a implosé et la Turquie s'est occidentalisée sous l'impulsion de Mustapha Kemal : laïcité, droit de vote accordé aux femmes, Atatürk a entamé une véritable sécularisation du pays, pourtant « à cheval » sur deux continents et carrefour de cultures multiples. Dans ce contexte, deux hommes, Simon et Aillil, se rendent à Istanbul pour les besoins d'un reportage commandé par un grand journal londonien. L'idée : illustrer un portrait de la ville, celui d'une capitale moderne dans un pays laïc. Simon, coiffé d'un chapeau, le regard suspicieux et la cigarette à la bouche, a une vision prosaïque de la ville. Perclus d'a priori et bercé d'illusions, il veut juste faire le travail et rentrer, d'autant plus que le lieu ne correspond en rien à l'image qu'il en avait. Déçu, il veut en finir au plus vite. A l'inverse, Aillil, le dessinateur, est un doux rêveur, ouvert à l'inconnu et aux surprises. Venir à Istanbul, c'est pour lui l'occasion de réaliser de nouvelles expériences. Peu à peu, les deux hommes vont s'engouffrer dans l'atmosphère mystérieuse et orgiaque de la ville. Dans des nuages de fumée, à la rencontre de femmes aux corps sculptés, dans un décor de rêve. A l'heure de rencontrer Abdolfaz, prince fantasque de la ville qui tient la Citerne, un territoire de débauche situé dans les bas-fonds de la ville, les deux journalistes vont perdre leurs repères, partir à la dérive ou se laisser aller. L'un, agréablement déboussolé, s'y plongera avec délice. L'autre, totalement perdu, va lentement se faire happer par l'ivresse d'une ville aux mille secrets...

Ce qu'on en pense sur la planète BD :

Alors que la Turquie fait la Une de l'actualité, Younn Locard livre le portrait onirique-réaliste d'une capitale carrefour, croisement d'influences et de cultures, entre Asie et Europe, balançant entre la modernité du présent et les traditions du passé. « Le rêve orientaliste de Pierre Loti s'est effacé pour laisser place à un Etat moderne, laïc », révélant toujours plus son héritage européen « après des siècles d'Islam ». Deux figurants aux personnalités et desseins bien différents débarquent donc dans cette ville. L'un, qui ne reconnaît pas la ville, ses clichés et son folklore, veut faire le taf et rentrer. Mais pour avoir refusé de se laisser aller, il va se faire littéralement ensorceler par la magie d'Istanbul. Pour l'autre, ce reportage est une invitation à l'errance exotique et sensuelle, histoire de s'arracher aux images convenues et d'embrasser l'ambiance ou le raffinement d'une ville à l'identité plurielle. S'y perdre pour renaître et éprouver le sentiment de liberté. Si Younn Locard décrit logiquement les mutations et la modernisation d'une ville cosmopolite, il préfère en fait imprégner son récit d'une ambiance enivrante et prégnante, sous drogue et fumée. Raison pour laquelle on y entre lentement, le temps d'apprivoiser rues et paysages, de comprendre les personnages et leur fantaisie. Pour imager cette dérive envoûtante et l'expérience de la perte, l'auteur anime son crayon en noir et blanc des splendeurs architecturales de la ville, de ses recoins sombres et paisibles, de ses trésors nocturnes insoupçonnés, nous plongeant dans ses délicieuses coulisses par une pulsation langoureuse mais cadencée. Les visages s'apaisent ou se crispent, les corps se libèrent ou sont asservis. Mais Locard ne se contente pas d'un récit carte postale, il va bien plus loin. Il fait planer un sentiment étrange sur la ville, une part de mystère propre à l'Orient, irréductible à tout dessin, à toute analyse. L'image d'une terra incognitae... Tout à la fois carnet intime, hommage à Istanbul, quête identitaire dangereuse et lascive, puis réflexion sur l'expérience du voyage comme prise de conscience, Dérive orientale et son regard fantasmé pourrait bien bouleverser votre géographie mentale pour y substituer celle du sensible. Pas mal.

ISBN 9782930360584