L'histoire :
Sous l’antiquité babylonienne, une espèce extraterrestre très en avance sur le développement humain envoie une observatrice sur Terre. Iden Bir Ishuen a pour mission de comprendre ce qui a bien pu arriver à son prédécesseur, qui semble avoir démissionné en raison d’un puissant découragement. Elle doit aussi évaluer les progrès de la race humaine sur la voie de la civilisation. Elle se matérialise soudain via un rayon céleste dans le désert de Mésopotamie, sous les traits d’une jeune prêtresse d’Ishtar prénommée Gashansunnu. Au milieu des moutons et d’un territoire aride, elle se demande si c’est bien l’endroit « le plus développé » de cette planète. Une jeune bergère a assisté à cette arrivée extraordinaire, les yeux écarquillés. Pour bien se fondre dans son rôle de prêtresse, Gashansunnu exécute d’emblée une danse divine. Mais les éleveurs nomades la prennent pour une sorcière et lui demandent de passer son chemin. Gashansunnu se rend donc à pied à la ville la plus proche, Sichem. Elle voit des esclaves travailler aux champs et se désole de la lenteur des progrès, 1000 ans après l’implantation de l’écriture. L’économie reste primitive, les capacités intellectuelles limitées… Le prince de la cité-état l’accueille avec les égards dus à son rang de prêtresse et la fait conduire au temple. Il s’en va alors négocier avec les tribus nomades, également appelés les marche-lune, l’utilisation des terres pour l’élevage…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
A travers ce one-shot original, en marge des canons du 9e art commercial, Simon Spruyt fait le grand écart entre l’antiquité babylonienne et la science-fiction. Il interroge quelque part les origines de la civilisation humaine et la part de la religion, tout en animant les destins de divers personnages mus par diverses quêtes initiatiques, dans le contexte de l’antiquité au sein du croissant fertile de la Mésopotamie. Tout part d’un bon vieux classique de la SF : l’intervention extraterrestre (et non divine) à l’origine de l’intelligence terrestre. Ces aliens, qu’on ne voit jamais hormis au travers de leurs phylactères des communications interstellaires, sont des observateur discrets et à peine interventionnistes. L’immersion dans l’antiquité mésopotamienne et les mœurs archaïques est en revanche manifeste tout au long d’un récit aux directions parfois hermétiques, qui joue à semer les pièces d’une intrigue puzzle. L’époque de cette société babylonienne en lente voie de civilisation est globalement située vers le 2e millénaire avant JC (« Cela fait plus de 1000 cycles stellaires qu’ils ont inventé l’écriture »). Sous l’apparence d’une prêtresse d’Ishtar, Gashansunnu observe, évalue, communique avec ironie ses analyses dépitées et enquête sur la disparition de son prédécesseur. Ici auteur complet, Spruyt avoue s’être diversement inspiré du roman Joseph et ses frères (de Thomas Mann), des textes bibliques, des études socio-anthropologiques de James C Scott dans Against the Grain et de la classique question de l’interventionnisme sur les sociétés primitives que pose Au cœur des ténèbres (Joseph Conrad). Sa griffe artistique semi-réaliste stylisée mélange diverses techniques graphiques (lavis, crayons, craies), pour une totale cohérence avec son sujet.