L'histoire :
Février 1938. Nord de l’Italie. Une petite maison isolée dans les montagnes enneigée, un jeune enfant assiste impuissant à la mort d’une jument qui a fait une hémorragie lors de sa mise à bas. Heureusement, la poulaine a pu être sauvée par le papa de l’enfant. Les deux s’approchent doucement de la toute jeune jument et l’enfant lui souffle dans les naseaux : c’est la première odeur qu’elle connaîtra et elle ne l’oubliera jamais. Quarante ans plus tard, Melchio et sa jument, Mona, se promènent dans l’épaisse forêt de Presolana. La nature y est luxuriante et la faune foisonnante malgré l’âpreté des lieux. Il a commencé les foins dès l’aube et s’en est allé pendant que son ami Andrea le cherche pour les travaux des champs. Leurs pères, des bûcherons, sont encore au travail. Ils en ont encore pour au moins deux semaines avant de revenir dans leurs foyers. Demain matin, les deux jeunes hommes vont donc devoir s’occuper eux-mêmes de la coupe de Spinelli à la Cima Paré en commençant par la ligne de crète. Comme d’habitude, ils prendront avec eux la jument Mona qui pourra les porter sur son dos et leur faire gagner un temps précieux. En attendant, Giuseppina, la mère de Melchio va préparer la besace avec de la polenta. Elle est anxieuse de savoir que les hommes sont loin et que les deux jeunes adolescents vont devoir se charger eux-mêmes de la dure besogne, même si la parcelle n’est pas raide et que les sapins sont encore petits...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Entre intimité familiale et récit de montagne, Mona puise dans l’histoire personnelle d’Éric Savoldelli pour raconter le parcours d’ouvriers italiens contraints de quitter leur vallée alpine au lendemain de la guerre. Accompagnés de Mona, une jument de trait indispensable à leur survie, ils traversent les Alpes pour trouver du travail dans les forêts françaises. Pour ce faire, l’histoire s’intéresse autant à l’exil qu’à la rudesse d’un mode de vie aujourd’hui disparu. Entre exploitation, racisme ordinaire et précarité, les personnages avancent avec une forme de résignation silencieuse, sans jamais perdre leur attachement à la montagne, les liens humains et la solidarité. À ce titre, la relation entre les hommes et l’animal occupe une place essentielle dans l’album. En effet, Mona n’est pas seulement un outil de travail, elle devient une présence constante, protectrice. Graphiquement, l’influence de Jean-Marc Rochette apparaît nettement, notamment dans le traitement des paysages alpins et la manière de faire exister la montagne comme un personnage à part entière. Ceci étant, Éric Savoldelli parvient à développer une sensibilité propre, portée par un dessin brut et habité. Pour ce premier album, Mona impressionne par sa sincérité et sa capacité à faire émerger pas mal d’émotion à partir d’une histoire profondément intime.
