L'histoire :
« La nuit éclaire ce que le jour dissimule. » Dans les montagnes, près d'un lac, le soleil décline. La nuit apparaît petit à petit. Il en a toujours été ainsi. La nuit ne nous appartient pas, elle a ses propres habitants, des créatures qui surgissent de leurs cachettes, comme des chauves-souris ou des chouettes qui partent en chasse. Et puis, il y a les créatures qui cherchent un refuge, comme cette jeune femme dans la forêt, qui s'est abritée dans une cavité. Elle y a fait du feu pour y voir plus clair.
A notre époque, la lumière d'un appartement détonne dans la nuit noire. Dans ce logement, une femme fait chauffer de l'eau, et se met au lit après avoir bu son thé. Elle est dans le noir de la nuit. Un lieu de contrastes. On trouve dans la nuit de la magie, mais aussi de la mélancolie. Et lorsque le bruit extérieur cesse, c'est notre bruit intérieur qui tambourine. Heureusement, grâce à l'obscurité, les étoiles apparaissent, et nous donnent à voir la nuit autrement. Depuis toujours, la nuit est un lieu qu'on a voulu conquérir. Et d'une certaine façon, on y est parvenu. Soi-disant en nous appropriant les espaces, en inventant des temps nouveaux, avec de nouvelles créatures nocturnes.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Le roman graphique Nocturnos, de la talentueuse autrice hispanique Laura Pérez, s'ajoute au catalogue débutant des éditions Morgen. Cette BD nous fait voyager entre rêve et réalité, dans un monde qui semble être proche et pourtant si loin, celui de la nuit. Cette nuit insaisissable, pleine de mystères, et pourtant envoûtante, qu'on voudrait s'approprier. Ce récit comporte très peu de texte et laisse une grande place aux illustrations, douces et apaisantes. Elle opte pour un découpage de larges cases, et parfois, en tournant une page, on reste suspendu à un dessin, un ressenti. Cette balade onirique oscille entre des instantanés du quotidien et des moments hors du temps, flottants. On est proche du réalisme magique, on ne sait pas exactement dans quelles eaux on navigue, mais on est happé, captivé par ce qui se déroule page après page. Laura Pérez propose une bande dessinée poétique, tant dans sa forme que dans son fond, et capte cette incertitude qui plane lors de la tombée du jour, un territoire invisible qui interpelle autant qu'il effraie.