L'histoire :
Dans les mers de Chine, au XIXe siècle, un petit bateau à vapeur est attaqué par des pirates. Pas n'importe lesquels. Ceux aux ordres de Shing Shi, la reine cruelle régnant sur ces mers. Alors que l'équipage abordé est réduit au silence, le sort de son capitaine ne fait plus de doute. Mais la reine, affublée d'un masque, exige sa survie. Convoqué auprès d'elle, le charmant Julian Drake est potentiellement séduit par la belle femme, lui suggérant de rester à ses côtés. Lui, presque sûr d'y passer, retient son souffle, mais préfère rester libre. Il sera sauvé cette fois-ci. Trois ans plus tard, alors qu'il croise non loin de là, avec un nouvel équipage, à bord d’une jonque corsaire, il sauve un naufragé, de bonne famille. Celui-ci est l'unique rescapé de pirates, qui ont enlevé sa fille pour la vendre comme esclave...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Déjà 15 ans que Lele Vianello, après un essai réussi avec le Fanfaron (Casterman, 1991), redonne vie aux ambiances particulières de son ami Hugo Pratt, aux éditions Mosquito, dans de sobres ouvrages cartonnés noir et blanc. Récemment, deux tomes de Mongolie avaient remis en lumière le baron fou Roman Von Ungern, de Corto en Sibérie. Si cette fois le capitaine de cette histoire ressemble (de loin) à Corto Maltese, il ne s'agit que d'un clin d’œil, tant son visage diffère. Cela ne l'empêche pas d'être séduit par la belle reine des pirates, et de garder un certain sang froid, tout au long de son aventure, qui le ramènera trois ans plus tard face à elle. La poésie inhérente aux récits de Pratt est là, le dessin noir et blanc souple et les mouvements amples aussi, tout comme les craquements typiques des armes à feu, et les mouettes en pagaille au dessus des jonques. Les amateurs goûteront aussi des réminiscences des anciens Capitaine Cormorant ou Jungle Men, du maître italien, dans ce récit. Cela dit, Vianello ne fait pas du « sous Pratt », comme peut-être certains détracteurs ont pu le suggérer. Il a désormais pleinement chaussé ses propres bottes et parvient à nous embarquer dans l'aventure, sérieusement, sans esbroufe et avec sincérité. On y rentre donc voluptueusement, appréciant une histoire agréable, bien troussée, et au passage des planches réjouissantes aux noirs bien noirs et aux silhouettes familières. Vianello, c'est l'aventure... vraiment !