L'histoire :
Novembre 1941 - mars 1942 : les combats s'enlisent sur le front de l'Est. L'armée russe résiste et le froid désespère les soldats du deuxième bataillon du 269e régiment allemand constitué en partie des engagés espagnols. Leur moral décroît, en même temps que leur humanité. De forêts en forêts, de villages en villages, d'églises en camps de fortune, la compagnie semble tourner en rond, luttant contre les embuscades, les attaques de nuit, les bombardements, voire les tirs de leur propre armée parfois. Les camarades de corps tombent les uns après les autres, et les exactions de l'ennemi sur les capturés génèrent des réactions de plus en plus automatiques et inhumaines. Alberto écrit : « Ces derniers mois, j’avais encore beaucoup changé. Participer de façon continue et directe aux combats avait fait de moi un véritable guerrier assoiffé de sang. Je voulais juste combattre, combattre et tuer. Je ne pensais à rien d ‘autre ». Sa rude expérience sur le front va être stoppée nette un soir d'attaque du 17 mars, mais par miracle, il survivra.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
A l’image de ce que Paco Asenjo nous montre en fin ou en introduction de chapitres, il a profité de séquences d’interview vidéo du combattant rescapé, Alberto Mireno Perez, pour redonner des repères et montrer la cartographie des batailles. Cela est important, même s’il a su, à l’aide de son dessin souple et très dynamique, et une mise en page vraiment maîtrisée, donner « à voir » et ressentir le vécu du soldat Moreno. Rares sont les récits de guerre nous plongeant avec autant de vigueur et de réalisme dans la dureté des conflits. On pense aux Losers de Jack Kirby (1954), à Ernie Pike d’Hugo Pratt et Hector Oesterhel (1957-1975), à Vietnam Journal de Don Lomax (1987), et peut-être deux ou trois autres, mais pas beaucoup plus. On applaudira donc avec un grand respect ce témoignage, décrivant avec force, humanité et sincérité (rien n’est caché, même les actions « honteuses »), un épisode méconnu de la seconde guerre mondiale. Ces soldats espagnols, loin de chez eux, furent enrôlés dans l'armée allemande parce que le régime de Franco, leader d'alors, avait pactisé avec Hitler. Ils seront, avec leur 269e bataillon, les derniers à abandonner la ligne de Volkhov. Ce second tome conclue magnifiquement ce diptyque, réalisé avec soin par un auteur dont le dessin souple aux couleurs douces donne à voir – et c'est subtilement amené – la maigre part restante d'humanité de ces soldats. « Tout ça... pour ça » semble nous dire Alberto, qui ne regrette pas son engagement, mais la folie de la guerre. Une lecture pour la Mémoire, fortement recommandée.