L'histoire :
Le 5 mars 2019, le vieux flic à la retraite André Cavicci, de la SRPJ de Marseille, va jusqu’au bout de sa dernière enquête. Il se rend dans un appartement parisien, rue des moines. La porte est entrouverte, une musique de cors de chasse s’en échappe. Il pénètre et se retrouve face à une jeune femme en imperméable, assise dans un fauteuil, qui l’attend. Quelques heures plus tard, les voisins appellent les forces de police en raison de coups de feu. A priori, un type en retient un otage un autre. Le commissaire Starski et le lieutenant Chen arrivent tout juste pour entendre crier à travers la porte : « Je porterai pas le chapeau pour vos embrouilles ! Je vais tout balancer, le grand veneur et le reste ! » Deux coups de feu s’ensuivent. Les policiers entrent en force. Ils découvrent Cavicci mort sur le tapis, une balle dans la tempe, son révolver à côté de lui. Un autre gars âgé lui aussi de la soixantaine, est allongé sur le lit, avec la même blessure mortelle. Le chauffage tourne à fond, un CD diffuse en boucle à pleine puissance sonore une musique de cors de chasse. Une enquête complexe débute par les experts légistes et la balistique. Le 2e cadavre s’appelle Eugène Vankleber, homme d’affaire sud-africain richissîme. Or les premières analyses révèlent que les deux hommes sont morts bien plus tôt que les coups de feu…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Dans ce long thriller BD de 96 planches, Callixte adapte en auteur complet le premier roman de la série Des furies de Nicolas Lebel, Le gibier (publié en 2021). L’intrigue de ce polar contemporain s’appuie sur l’univers de la chasse à courre et s’articule selon les 20 étapes de ce type un peu archaïque de vènerie. Ces étapes sont listées dans une case de la p.55, mais elles illustrent aussi tour-à-tour les en-têtes des séquences, dans un désordre savant qui permet de maintenir un suspens… retors. Un duo de flics, Starski et (non, pas Hutch !) Chen (un alter ego de Yoko Tsuno, en plus austère), mène les investigations et se perd dans les circonvolutions d’une affaire véritablement très tordue, aux répercussions biologiques et financières internationales. Assurément, Callixte fait de son mieux pour rester fidèle à l’œuvre d’origine, tout en maintenant au maxi le suspens, et en tentant de rester exhaustif… Il dévoile d’ailleurs sa manière de procéder dans un making off final de 12 pages, très intéressant. Cela dit, l’adaptation y aurait sans doute gagné en clarté et en rythme après avoir subi certaines césures drastiques et un travail de synthèse sur les dialogues. Car on s’y perd un peu, on peine à trouver souffle et réalisme dans des séquences qui passent parfois du coq au cerf. Or sur 96 pages fortement dialoguées, c’est long ! Le dessin semi-réaliste, qui fait la part belle à l’environnement urbain contemporain – de nombreux monuments et rues sont minutieusement recopiés – et met en scène des personnages expressifs au sein d’un découpage varié, est cela dit agréable à suivre.