L'histoire :
Un cerf et un loup habillés en chemises à carreaux de chasseurs, carabines à la main, viennent de dégommer un humain sauvage, nu et barbu, alors qu’il s’abreuvait au bord d’un fleuve. Ils ont assommé sa femelle au moment où elle rentrait dans son nid. Et bingo, ils récupèrent ainsi aussi deux enfants humains. Avec leur chair tendre et douce, ils vont pouvoir se faire de beaux chapeaux. En marge de cela, Bark est un loup expérimenté chargé de la sécurité d’une soirée caritative. Tout se passe bien : devant un parterre garni de différentes espèces d’âmenimaux, Bonnie le lapin savant fait le point sur les fonds récoltés pour la recherche contre les épidémies. Sur scène, un lion dompteur du cirque Sapiens exhibe ses numéros d’humains sauvages. Soudain, une fillette humaine crie « Libérez les humains ! » L’assistance n'a pas le temps d’être stupéfaite par cela, que les moutons lancent leur action de révolte. Des cocktails molotov mettent le feu à la salle… aussitôt évacuée dans le chaos. Bark et Bonnie jouent du poing pour neutraliser le bélier leader des terroristes et évacuer la fillette qui parle. Ensemble, ils vont essayer d’élucider ce prodige de la nature en commençant par consulter une amie ethnolinguiste à la cité des oiseaux…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Dans ce monde décalé et totalement inversé entre les humains et les animaux, les hommes n’ont pas acquis la faculté de conscience. Les animaux utilisent tous les outils de la civilisation humaine, mais ils dominent les humains réduits au rang de bêtes sauvages. Ils les exploitent, les chassent, les mangent et s’en servent, par exemple, pour s’en faire des chapeaux. Le ressort de l’inversion paradigmatique sert évidemment un propos antispéciste. Comme dans le Jungle book post-apo d’Anne Quenton, le lecteur humain est incité à se placer à la place d’animaux tortionnaires envers lui, mais cette fois dans un contexte tout à fait habituel, urbain et contemporain. Le scénariste Yann Brouillette s’amuse alors à créer un climat socio-politique de tensions entre les animaux, dont certains revendiquent violemment leur véganisme (les moutons !). L’écoterrorisme antispéciste est alors renforcé par un phénomène intriguant qui sera développé sur les 2 volets du diptyque en devenir : une fillette humaine a développé la capacité du langage, de la conscience et la faculté intellectuelle d’apprentissage ! Sans être tout à fait aussi à l’aise avec l’anthropo-zoomorphisme que Guarnido sur Blacksad ou Redec sur le Royaume sans nom (les deux références en la matière), le dessinateur italien Paolo Loreto déroule un chara-design régulier et cohérent, avec juste parfois quelques problèmes de proportions. Ce premier tome interpelle et intrigue… mais vous n’aurez pas longtemps à attendre : le tome 2 parait juste 1 mois après la parution du premier !