L'histoire :
Jeune séminariste, Jacques Hamel sert en Algérie en 1955, lorsque le convoi militaire pour lequel il est au volant d’un camion est victime d’une attaque de fellagas. Il est le seul à en réchapper, miraculeusement sans bobo grâce à son éjection au moment des premières explosions. En colère, il interroge le Seigneur : pourquoi lui ? Trois ans plus tard, il est ordonné prêtre au sein de la cathédrale de Rouen. Son père et sa sœur Roseline assistent à ce moment, tous deux très fiers de lui. Le père Jacques Hamel est alors affecté à la paroisse du Petit-Quevilly, dans la banlieue ouvrière de Rouen. Il s’évertue à faire honneur à son ministère, en étant tolérant et patient avec les garnements du quartier, qu’il convertit en enfants de chœur. Avec ses jeunes confrères, il suit le concile Vatican II à la télé et l’aggiornamento qui s’ensuit : ils vont désormais pouvoir célébrer la messe dans la langue du peuple, c’est-à-dire en français et non plus en latin. Il peut aussi remiser sa lugubre soutane noire et juste porter au quotidien une croix en pendentif, en tant que signe religieux. Mais on va bientôt le changer de paroisse : direction Sotteville-les-Rouen, à un peu plus de 2 km de la précédente…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Le père Jacques Hamel est ce curé de province qui a été égorgé au sein de son église de Saint-Etienne-du-Rouvray (banlieue de Rouen) par deux terroristes islamistes le 26 juillet 2016, soit quelques jours après la tuerie de masse au camion-bélier du 14 juillet à Nice (86 morts, 468 blessés). Selon leur vocation religieuse et patriotique, comme ils l’ont précédemment fait avec Pauline Jaricot, le général de Sonis ou Arnaud Beltrame, les éditions Plein Vent lui consacrent cette biographie en BD. Documentée et factuelle, elle brosse consciencieusement la vie très classique et « normale » d’un homme sans histoire et « taiseux », devenu simple curé de province, depuis son enfance jusqu’à son assassinat. La biographie ne s’attarde pas sur ce martyr atroce et inouï, afin de ne pas lui donner trop d’importance. Elle évite aussi tout prosélytisme et ne s’appesantit jamais sur le sens de la foi, propre à chacun. Que reste-t-il donc de bien extraordinaire pour intéresser le profane ? Cette biographie d’un curé quidam retracée par Paul de Vulpillières, dessinée sous un style réaliste appliqué par François Mougne, offre un point de vue intéressant sur la vocation en général. Il est ici paradoxalement fascinant d’assister à ce ministère ordinaire, aux problématiques quotidiennes et au long cours d’un prêtre, à son relationnel tout en retenue et en tolérance. Cette biographie fait presque œuvre de sociologie en montrant le père Hamel qui fume, qui blague avec ses copains curés, qui besogne son homélie, qui fait une dépression ou qui s’agace lorsque sa cheffe de chœur chante faux.