L'histoire :
Kim est en retard et il pleut. Il pédale fort pour rattraper et livrer l’un des repas. Il arrive à l’appartement du client et monte au quatrième étage. Ni bonjour, ni au revoir, le gars prend la commande et lui claque la porte au nez ! Kim reprend le vélo car sa tournée ne fait que commencer. Le client précédent laisse un message incendiaire sur lui en lui reprochant d’être en retard et de ne pas dire bonjour ! Un comble… Dégoûté, il ne voit pas la voiture qui pile au moment où il traverse. Il continue d’avancer à un train d’enfer à travers la route, les trottoirs puis les chemins de campagne. Il ne voit pas un obstacle et sa roue se plie au contact. C’est la chute avec le vélo qui fait un soleil et toute la livraison qui s’éparpille sur le sol. Kim, épuisé, est allongé. Décidément, c’est pas son jour de chance. D’autant que Chloé a rompu. C’est alors qu’un vieil homme lui demande de se relever. Il est allongé sur des champignons qu’il doit ramasser…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Monsieur Iou, après un léger et humoristique tour en Belgique, bascule dans un style totalement différent avec un récit plus intimiste et plus profond. On voit bien ainsi les difficultés au quotidien : un monde du travail impitoyable, le business féroce de l’immobilier et les intraitables hôpitaux psychiatriques. Par petites touches délicates, il décrit trois personnages aux destins différents mais qui vont se croiser : une personne âgée immigrante vietnamienne qui risque de ne plus avoir de toit, un jeune livreur qui risque de ne plus avoir de travail et un vieillard hospitalisé qui risque de ne plus avoir toute sa tête. Un trio touchant car monsieur Iou décrit ainsi la marginalité, l’échec d’une société qui met à l’écart et qui gomme la personne qui ne rentre pas dans le cadre. Malgré tout, l’humanité, cette part d’invisible qui correspond aux sentiments et la bonté, est bien présente puisque ce groupe improbable va finir par retrouver un chemin dans lequel ils pourront avancer. C’est aussi la métaphore du vélo qui finit par casser tant on a roulé avec frénésie et sans pause mais qui prend son envol (à la E.T.) sauvé par le fait que les autres sont solidaires et présents. Une belle idée, donc, d’autant que le vieillard, Gustav Mesmer, a réellement existé et que son destin étonnant invite à tous les espoirs. Le graphisme est très réaliste et à l’image de cet album : sensible et touchant.