L'histoire :
Trois vieilles dames se tiennent devant un arbre, parlant d’une seule voix. Un homme se réchauffe près d’un feu tandis que la nuit tombe. Un autre renaît au cœur de la forêt, accueilli par un esprit menaçant. Partout dans le monde, les hommes s’entretuent et détruisent leur environnement, alors que la nature, elle, nous accueille. Son eau pure nous abreuve, elle nous réchauffe et nous rafraîchit tour à tour. Les animaux qui la composent chantent pour nos oreilles quand le monde moderne nous assourdit. Elle nous dépasse par son gigantisme, nous abrite dans son confort, nous berce et nous laisse vivre nos histoires éphémères, à la fois trop rapides et infiniment lentes. La nature, elle, est toujours là, forêt, mer et montagne.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Avec Le chemin derrière la maison, Jérémie Gasparutto propose une expérience de lecture à part, loin des récits balisés auxquels la bande dessinée nous a habitués. On ne lit pas cet ouvrage, on le traverse, comme un rêve, ou un cauchemar, dont les images et les sensations persistent bien après avoir refermé le livre. Entre poésie et voyage onirique, le récit flirte en permanence avec le surréalisme. L’ensemble peut sembler étrange, parfois même déroutant, à la limite de l’incohérence. Les premières pages demandent un véritable lâcher-prise, tant il est difficile, au départ, de s’accrocher à cette narration atypique. Pourtant, à mesure qu’on avance, on se laisse emporter par les thèmes universels que l’auteur distille avec pudeur : l’amour, la famille, les liens qui nous unissent aux autres, mais aussi la vie, la mort, et les catastrophes, qu’elles soient naturelles ou provoquées par l’homme. Cette sensation de flottement est renforcée par le travail graphique. Le dessin, très contrasté et relativement réaliste, se distingue par des traits fins et des ombres profondes, presque écrasantes. Les couleurs, souvent vives, accompagnent parfaitement le récit et participent à cette atmosphère étrange et hypnotique. Gasparutto sublime notamment les paysages de la forêt et de la mer, qui deviennent de véritables espaces mentaux, à la fois refuges et zones d’inquiétude.