L'histoire :
Au lendemain de l’armistice, la famille Merliot, qui a fait fortune dans la construction d’avions bombardiers, se retrouve subitement ruinée. En attendant de trouver une voie de reconversion, ils s’en retournent donc vivre dans leur petite maisonnette de famille, à la campagne, parmi les bouseux qu’ils méprisent tant. Le fils de la famille, âgé d’une dizaine d’années, est sur le point de se retrouver terriblement seul. Ses parents n’ont que peu d’affection pour lui. Pour les autres enfants de son âge, il est le fils de l’armurier désormais pauvre. De fait, le gamin fuit dès qu’il le peut la maison sous la coupe d’un père autoritaire, déchu, frustré et méchant, pour jouer seul dans la nature. Il regrette que sa mamie ne soit plus de ce monde, car elle était bienveillante avec lui, elle. Elle lui lisait des histoires des Légendes de basse campagne, un vieux livre qu’il se retrouve désormais à découvrir seul, dans une cachette qu’il s’est construite dans un recoin de la forêt voisine. Un jour, le gamin trouve un épouvantail déguenillé. Pour braver l’autorité tout en s’inventant un ami avec qui jouer, il retourne chez lui et vole discrètement un costume de son père – le plus beau ! Puis il vient rhabiller l’épouvantail. Or dans les heures qui suivent, l’épouvantail disparait… et s’incarne totalement en général en chef d’une armée de poupées, un monde féerique et imaginaire dont le gamin va devenir roi…
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
C’est une histoire tragique et pathétique que nous raconte Sylvain Escallon à travers cet épais roman graphique qui fait une large place à la narration visuelle. Du reste, jamais nous ne connaitrons le prénom du gamin, centre du propos de la solitude et du désœuvrement ultimes, du genre à mener à la démence. Son prénom a ainsi aussi peu d’importance que lui-même aux yeux de ses parents. La figure paternelle est d’une abjection totale : cet industriel de l’aéronautique se retrouve ruiné par la fin de la guerre. Déchu, frustré, il n’est plus que méchanceté, cruauté et mépris incarnés envers le milieu de « bouseux » parmi lesquels il est désormais obligé d’habiter. Sans aucun affect envers ce fils qui le gène et qu’il abandonne – au même titre que sa mère, broyée psychologiquement par ce mari violent. De fait, le gamin se construit un monde imaginaire incroyable, dont il est roi, peuplé d’une multitude de poupées de chiffon. Ces derniers « l’aident » à accumuler les bêtises, comme autant de petites vengeances mesquines envers son père. Escallon prend le temps de développer la spirale de malveillance dans laquelle tombe le gamin : le bouquin compte 188 planches, régulièrement intercalées d’une page écrite, avec un conte cruel des Légendes de basse campagne. Les cases géantes montrant le gamin au milieu de l’univers imaginaire et naturel qu’il s’est mentalement construit sont riches et merveilleuses… ce qui renforce d’autant plus le caractère pathétique du marasme éducatif et social. Le dessin semi-réaliste en noir et blanc est juste rehaussé d’une simple couche en aplat de bichromie maronnasse.