L'histoire :
Il attend… il a le temps. Toute l’éternité. La palette est toujours face à lui mais il sait qu’on ne doit l’ouvrir qu’en cas d’absolue nécessité. Elle n’était pas là quand il est mort, ça il s’en souvient. Maintenant qu’il a le cerveau de quelqu’un d’autre et qu’il est une sorte de clone, il ne se rappelle plus de certains éléments. Si l’on a perfectionné l’homme, l’homme doit aussi se perfectionner lui-même. Il faut donc éviter toute relation humaine et l’on ne peut sortir que pour l’essentiel : le travail. Il doit vivre dans cette petite cellule minimaliste mais l’avantage, et il n’est pas des moindres, c’est qu’il n’a plus à craindre la mort. Une lumière verte s’allume : c’est le signal ! Il faut faire la transfusion tout de suite. Puis passer dans une sorte d’autre monde, un voyage qui rend heureux, empli de beaux souvenirs et de moments fugaces et joyeux. Ces réminiscences du passé sont comme un brouillard lointain. Il n’a plus à se soucier de ce genre d’émotions qui le faisait souffrir dans son autre vie. Désormais, il ne pense plus qu’à l’essentiel. Il a faim d’ailleurs. Il est temps de prendre une perfusion.
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Alberto Ponticelli a publié déjà plusieurs récits chez Bliss Éditions avec des projets toujours très personnels et exigeants. Le voici désormais auteur complet sur une œuvre à nouveau particulière et dérangeante. Un peu à la façon de Blast, ce récit au vitriol descend dans les profondeurs sombres de la nature humaine. Dans un récit d’anticipation à glacer le sang, l’auteur s’interroge sur l’existence et la quête absurde d’une vie éternelle. On bascule parfois dans le grotesque et le néant façon La métamorphose de Franz Kafka avec de nombreuses références au cafard. Inquiétant, lent, désespérant et angoissant, ce one shot met mal à l’aise comme si, au final, aucune quête n’a de sens car même le bonheur absolu ou la perfection atteinte est finalement sombre et sans âme. C’est certainement pourquoi le personnage porte un scaphandre et qu’on ne voit jamais son visage comme si l’émotion ne pouvait en sortir. Que dire du noir et blanc exceptionnel que nous propose l’artiste italien ? Le graphisme est à lui seul un voyage dans le temps et les tréfonds de l’âme, une narration à part entière et une forte immersion dans un monde futuriste sans espoir. Le jeu des lumières et le superbe encrage sublime cette œuvre noire. « Lumière verte » !