L'histoire :
Theresa le voit dans son sommeil. C'est un endroit froid, gris et incolore. Elle est au pied d'un hôtel à la façade défraichie par l'eau de mer. En face, l'océan est morne. Mais ça a son charme, un peu comme une chanson triste, ça ne déplait pas... Au début, elle croit qu'elle est seule, puis elle voit une ombre à la fenêtre du dernier étage. Des bruits s'échappent de l'intérieur mais c'est l'arrêt du bus qui la réveille. Elle est arrivée. le chauffeur l'interpelle. Limberlost, c'est bien là qu'elle descend ? Malheureusement oui, répond-elle. Elle est venue retrouver sa mère, qui tient un cabinet de voyance. Elle picole comme une folle et fume comme un pompier et maintenant, c'est la tuile, un cancer. Et voilà Theresa de retour dans ce bled qu'elle a fui il y a quelques années. Résignée devant la devanture fermée de la boutique de sa mère, elle va boire un café. Kelly Mc Cabe, la serveuse du bouiboui dont le trottoir est squatté par un clodo était avec elle au lycée, se fait une joie de revoir Theresa. Sentiment à sens unique...
Ce qu'on en pense sur la planète BD :
Dans l'industrie du comics, Jeff Lemire n'est plus à présenter et Minor Arca est sa dernière série. Après lecture de ce tome 1, pas étonnant qu'elle soit nominée aux Eisner, tant il se dégage quelque chose de fort de cette nouvelle œuvre. Le Canadien renoue avec des thèmes qui lui sont chers en dépeignant le récit d'une jeune écorchée vive qui revient dans son bled. D'emblée, l'environnement de la ville de Limberlost englue le lecteur dans une atmosphère amère, celle d'un bled industriel à la population usée. Ajoutez une jeune adulte qui revient auprès de sa mère malade alors qu'elle a fui quelques années plus tôt à cause de l'alcoolisme de la daronne et vous vous dites que ça part fort en matière de mélo. Oui mais voila, Jeff Lemire est magique et c'est aussi le cas de Theresa, qui se découvre être en résonance avec les symboles des tarots. Une sorte de medium qui ignorait son don... On ne vous en dit pas plus, mais une fois encore, avec son trait qui va à l'essentiel et des couleurs aquarelles, l'auteur kidnappe le lecteur, projeté dans un petit monde qui s'anime page après page. Ce qui fonctionne vraiment bien avec Lemire, c'est qu'il crée un sentiment d'intimité. En ciselant la psychologie de ses personnages, en utilisant la voix-off comme narration, il crée le sentiment d'une grande proximité. Lemire nous parle toujours de gens normaux, mais qui ont quelque chose de spécial. Et cette jeune Theresa passe derrière le voile... alors on embarque aussi au milieu de ses visons et de ses doutes. Ce n'est pas utile d'en dire plus, ce premier tome est subjuguant et on ne demande qu'à en connaître la suite.